Terrorisme : En plein essor, le djihad numérique anti-Français inquiète

Trois jeunes Marocains arrêtés cette semaine en Espagne appelaient leurs 19.000 abonnés sur les réseaux sociaux à s’en prendre aux ressortissants de l’Hexagone. Le trio s’appuyait sur YouTube et Facebook, avec une préférence pour TikTok, signe qu’il visait en priorité les plus jeunes.

La scène n’a pas été tournée au fin fond du Pakistan mais en plein jour dans une rue de Grenade, dans le sud de l’Espagne. Dans cette vidéo datée d’octobre 2020, dont des extraits ont été mis en ligne par le journal Ideal, on peut voir un jeune homme enflammer un drapeau français au nom de la défense du Prophète et, s’adressant en arabe “aux garçons qui sont en France“, proclamer : “Salutations à tous les musulmans qui mènent le djihad au nom d’Allah! Mort aux Français!

Les auteurs de cette vidéo, et de bien d’autres, trois Marocains âgés de 20 à 22 ans, ont été arrêtés cette semaine et placés en détention provisoire pour apologie du terrorisme. Une enquête est ouverte pour déterminer s’ils étaient en contact avec des éléments de Daech ou s’ils se contentaient de relayer leur propagande. Leurs différents profils sur les réseaux sociaux avaient suscité l’intérêt de près de 20.000 abonnés…

Trois Marocains “très radicalisés”

Entrés irrégulièrement en Espagne par la mer ou cachés dans un camion, les trois suspects se sont établis en 2016 à Grenade, où ils enchaînaient les petits boulots. Connus jusqu’alors de la police pour des délits de droit commun, c’est en tant qu’individus “très radicalisés” qu’ils ont été interpellés mardi par les services spécialisés espagnols après six mois d’enquête.

Un mois après la republication, en septembre, des caricatures du prophète Mahomet par Charlie Hebdo, les trois suspects avaient commencé à lancer leurs diatribes anti-Français. Le communiqué de la police ibérique évoque des “menaces extrêmement graves et violentes contre les Français et leurs intérêts”. Emmanuel Macron faisait aussi partie des cibles désignées.

Selon Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme (CAT), ce dossier apporte une double confirmation. Celle d’abord de “la prégnance du djihadisme numérique malgré les efforts des autorités pour le contrecarrer”. Celle aussi de “l’importance qu’a prise dans la sphère islamiste, à l’étranger comme dans la mouvance endogène, la republication de ces caricatures, qui a déjà servi de ressort dans trois passages à l’acte”.

Viser les jeunes sur TikTok et Youtube

A Paris, deux personnes avaient été grièvement blessées à l’arme blanche par un Pakistanais devant les anciens locaux de Charlie le 25 septembre. L’enseignant Samuel Paty avait été décapité le 16 octobre dans les Yvelines. Et l’attaque au couteau dans la basilique Notre-Dame de Nice s’est soldée par trois morts le 29 octobre 2020. Si les précédentes chaînes de propagande liées au groupe État islamique s’appuyaient sur la messagerie Telegram, le trio de Grenade affectionnait, lui, les réseaux YouTube et Facebook, avec une préférence pour TikTok, signe qu’il visait en priorité les plus jeunes.

Le JDD