« The Island » : Une version roumaine de « Robinson Crusoé », animée et pleine de migrants

The Island, une adaptation haute en couleurs de l’histoire de Robinson Crusoé a été présenté à l’occasion du festival du film d’animation d’Annecy qui s’est déroulé du 8 au 13 juin. La réalisatrice roumaine Anca Damian nous propose une œuvre d’une beauté visuelle et sonore presque dérangeante. Rencontre.

C’est l’histoire de Robinson, médecin qui a fait le choix de s’isoler sur son île et maniant l’Ipad comme personne, de son comparse Vendredi, jeune migrant échoué sur une plage, d’une sirène faite de détritus, d’animaux mutants en plastique…

Dans son dernier film d’animation, la réalisatrice Anca Damian prend quelques libertés avec l’œuvre originale de Daniel Defoe, publiée au début du XVIIIeme siècle. Rappelons, pour ceux qui n’auraient pas lu cet ouvrage aux multiples adaptations, que Robinson est, à la base, un naufragé qui survit pendant 28 ans sur une île déserte avant de revenir dans son Angleterre natale.

Rien à voir donc, avec ce (nouveau) Robinson, un idéaliste qui « cultive volontairement sa solitude ». Mais voilà que son île, métaphore de celle de Lampedusa, est investie par des migrants, des ONG et des gardes. Le docteur recueille Vendredi, le seul survivant d’un radeau de fortune tentant de rejoindre l’Italie. Une histoire ancrée dans le monde réel et qui, sur le papier, a des allures de drame, d’autant que le film aborde, en creux, des thématiques très actuelles telles que la crise environnementale, l’égoïsme de nos sociétés, la surconsommation…

« C’est la fin du monde, mais c’est beau ! »

« Comme j’ai voulu parler de notre monde, tous ces problèmes y sont », explique Anca Damian. Pourtant, l’esthétique visuelle et sonore de The Island lui confère un aspect poétique, presque joyeux. « J’ai toujours envie de raconter un drame avec humour, c’est plus fort avec ce contraste. Ici le ton poétique du dialogue et la légèreté du chant – comme aussi la beauté visuelle – sont des ingrédients qui nous aident à nous approcher du drame. C’est la fin du monde, mais c’est beau ! »

À mi-chemin entre Monty Python, Melancholia de Lars Von Trier et du Petit Prince, cette fable musicale plonge, au fur et à mesure, dans les méandres de l’imaginaire. Aux frontières de l’onirique, et bercée par l’excellente musique d’Alexander Balanescu, le spectateur voit défiler une galerie de personnages à l’aspect surréel. Loin de décrédibiliser une réalité bien trop pesante, cette métonymie visuelle met encore plus en évidence le drame contemporain qui se joue sous nos yeux.

Pour donner de la profondeur à son récit, la réalisatrice a misé sur « un décor immersif, d’où le choix de la 3D » qu’elle a habillée d’une palette de couleurs volontairement artificielle, renforçant encore plus le décalage entre un paysage de carte postale hawaïenne et un monde tristement gris. Dans The Island« l’homme ne s’intègre pas à la nature », la technique étant, « comme toujours, soumise au concept ». C’est pour cela que seuls les éléments naturels sont peints tandis que tout ce qui est humain est matérialisé par des textures réelles (métal, textile, plastique…).

Avec ce film, Anca Damian livre une création magistralement réalisée, qui laisse la place à l’interprétation. La réalisatrice le promet : le spectateur en sortira avec des « questions sur la réalité qu’il a accepté comme confortable ». Le film sera présenté à Annecy ce lundi 13 juin. La date de sortie en salle n’est quant à elle pas encore confirmée.

Usbek & Rica