Thouars (79) : Marie-Claude Mezouar écrit la romance singulière d’un couple mixte avec son mari Noureddine entre France et Maroc

L’ouvrage, conçu tel un « puzzle de souvenirs », reprend comme titre le prénom du fils de Marie-Claude et Noureddine Mezouar, François-Samir. Je voulais simplement donner forme à ce que nous avons vécu… En se lançant dans l’écriture de ce premier livre, au moment du premier confinement, Marie-Claude Mezouar n’avait d’autre ambition que de lutter modestement « contre l’oubli et la mort. Lorsqu’on rassemble sa vie dans un récit, on arrive à revivre intensément certains moments »

Née Souchet il y a quelques décennies à Bouillé-Loretz, elle ne s’attendait pas à vivre un tel destin, partagé intimement avec son mari depuis leur rencontre à Poitiers, un jour de 1970. « J’ai continué là où Charles Martel avait arrêté les Arabes », rigole Noureddine Mezouar, originaire de Meknès et premier lecteur avisé, puisqu’il a saisi sur ordinateur le livre écrit par son épouse.

« Un témoignage et un voyage »

Son humour en dit long sur l’état d’esprit des jeunes amoureux à l’époque. Dans la France d’après Mai-68, les esprits s’ouvrent. « J’ai eu envie de raconter ces tranches de vie d’un couple mixte, témoigne-t-elle. C’était assez marginal dans les années 1970. Mais paradoxalement, c’était sans doute mieux accepté. » Son parcours de professeur de philosophie, dont onze ans en tant qu’enseignante coopérante au Maroc, et de chef d’établissement l’a naturellement poussée vers la rédaction de cet ouvrage. Elle y évoque notamment « la bienveillance et la tolérance » de ses parents et de ses beaux-parents. Et apprécie que Thouars et les Thouarsais aient accueilli Noureddine à bras ouverts. « Je n’ai jamais subi directement le racisme », confirme l’ancien joueur de basket.

« Un couple mixte crée du lien tout autour, poursuit Marie-Claude. C’est automatique lorsque deux cultures si différentes se rencontrent. Les échanges n’en sont que plus riches. Pour aller de Bouillé-Loretz au Maroc, c’est quand même un sacré périple… Et la première fois que j’ai découvert le ramadan, ça a été un choc pour moi ! Je ne connaissais rien de la religion à l’époque. Le livre est à la fois un témoignage et un voyage vers l’autre et vers d’autres cultures. »

Son expérience personnelle a parfois rencontré la grande histoire, « comme lors des émeutes de la faim » au Maroc en 1981. « Hélas, on peut aussi constater une régression au niveau des mœurs et de la relation homme-femme, regrette-t-elle. La révolution iranienne de 1979 a enclenché une montée de l’islamisme dont les musulmans sont les premières victimes ».

La Nouvelle République