Tours (37) : Bandjougou Konate, l’ancien mineur apprenti-mécanicien ivoirien, visage de la réussite

En Côte-d’Ivoire, Bandjougou rêvait d’aller à l’école. La voie de l’apprentissage a permis au jeune homme de décrocher un diplôme, point de départ de sa nouvelle vie tourangelle. À 20 ans seulement, Bandjougou Konate a déjà connu l’exil. Des milliers de kilomètres de vie chaotique, au compteur de son existence. Ce qui n’ pas empêché le néo-tourangeau de décrocher un CDI chez Renault, à peine sa formation terminée.

Un bel exemple de réussite par l’apprentissage, dans ce que ce modèle de formation peut avoir de plus ouvert et d’égalitaire, à des milliers de kilomètres du garage familial d’Abidjan que le jeune africain fréquentait avant de quitter son pays à l’âge 13 ans.

Apprendre coûte que coûte 

« Je suis passé par le Burkina Faso, puis le Niger, la Libye, l’Italie et Paris », énumère Bandjougou, dont le rêve a toujours été d’« aller à l’école ». Même à Paris, lorsqu’il commence par dormir dans un camion, puis dans un squat d’Aubervilliers, cette obsession continue de guider le jeune immigré. Pris en charge par l’aide à l’enfance, qui l’installe dans un hôtel et lui donne un peu d’argent chaque semaine, il tourne en rond. « Plutôt que rester à l’hôtel à ne rien faire, je retournais au squat. Là bas, je mangeais peut être pas à ma faim, mais j’avais au moins l’opportunité d’apprendre le français avec des bénévoles», retrace Bandjougou.

Je ne mangeais peut être pas à ma faim, mais j’avais au moins l’opportunité d’apprendre le français avec des bénévoles” – Bandjougou Konate, ancien mineur non accompagné.

Derrière son grand sourire, le jeune adulte raconte l’envie de s’en sortir, la soif d’apprendre, de se construire un avenir. Ce sera à Tours où, à force de demandes répétées, les services de l’enfance finissent par l’orienter vers une formation. « C’était le 7 avril 2017 », n’a pas oublié l’ancien mineur non accompagné.

Pas de gaieté de cœur au début, reconnaît-il, « ça ne plaît à personne de quitter la capitale pour la campagne, mais les gens ont été sympas avec moi, alors je suis resté ».  Notamment au sein d’AGIRabcd de Joué-les-Tours, où il suit avec assiduité les cours de FLE (Français langue étrangère). Il y rencontre Anne Lau-Begué, responsable de l’association et surtout « sa marraine », « sa famille » dit-il, encore aujourd’hui.

On propose alors à Bandjougou la pâtisserie ou la boulangerie. Lui rêvait enfant d’être juge ou avocat, « mais je n’en avais pas les moyens ». Il s’est résolu à opter pour son plan B, la mécanique auto, qu’il pratiquait en Côte-d’Ivoire, en regardant les autres enfants de son âge partir à l’école. En pleurant parfois.

Un ancien “illetré” au Campus des métiers

À Paris, il a d’ailleurs fait quelques réparations, du côté du stade de France. Un jour, il a entendu quelqu’un dire qu’il faisait « de la mécanique sauvage ». Cette expression est restée gravée dans la tête du jeune garçon, comme une blessure. Il apprendra la mécanique « réglementaire », sa revanche. Et de quelle manière ! Au bout de longs mois de tentatives infructueuses, Bandjougou finit par décrocher un contrat d’apprentissage chez Opel.

Son sésame pour intégrer le Campus des métiers de Joué-les-Tours (lire par ailleurs). À l’époque, le jeune apprenti lit difficilement, écrit comme il peut. « Le premier jour au CFA, j’ai monté quelques marches et j’ai regardé derrière moi. Je me suis dit, un illettré en Côte-d’Ivoire qui se retrouve dans un campus, pour moi c’était extraordinaire. »

Les mois suivants seront difficiles. «Je ne comprenais rien, mais je recopiais tout ce que le formateur écrivait au tableau. Après le CFA, j’allais directement voir un bénévole pour réviser tous mes cours. » Non seulement Bandjougou décroche son CAP de mécanique automobile, mais il poursuit avec une mention complémentaire en système embarqué de l’automobile.

“Je travaille comme les autres “

Anne Lau-Begué a du mal à cacher sa fierté : « Il était totalement analphabète lorsqu’il est arrivé de Côte-d’Ivoire, mais il a eu son examen haut la main, avec 20 sur 20 en pratique professionnelle, 17 en techno et aucune note en dessous de 10, y compris en français. » 

À côté de son CDI, Bandjougou aimerait aujourd’hui lancer son activité d’auto-entrepreneur de réparation-vente. Il lui faut encore la carte de résident permanent pour que son dossier soit validé. «Je trouve que c’est très injuste. Je travaille comme les autres, je contribue comme les autres, je fais peut-être même plus d’effort que les autres, mais j’ai un statut qui n’est que temporaire et je n’ai pas droit au chômage. Pour moi c’est une injustice », glisse un peu amer le jeune tourangeau. Qui a finalement choisi la voie de la philosophie : « Comme je ne pourrai pas changer les choses, je me focalise sur mes objectifs. » On peut faire confiance à sa détermination.

S’il force l’admiration de ceux qui ont croisé sa route et ont choisi de l’aider, Bandjougou n’est certainement pas le seul. Les beaux parcours d’anciens mineurs non accompagnés sur le territoire sont nombreux. Ils demeurent bien souvent invisibles. Mais y a-t-il meilleure preuve d’une intégration justement réussie ? 

La Nouvelle République