“Tout sauf Macron”: ils ont voté Mélenchon au premier tour, ils voteront Le Pen au second

Un homme devant les affiches électorales d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, à Denain, dans le Nord, le 11 avril 2022 – Ludovic Marin/AFP

Hors de question pour ces électeurs et électrices de Jean-Luc Mélenchon de donner leur voix à Emmanuel Macron. Au second tour de la présidentielle, ils voteront pour Marine Le Pen, et nous expliquent pourquoi.

“Je suis fondamentalement, idéologiquement à gauche et je suis profondément humaniste, mais je voterai pour Marine Le Pen.” Alexandre, un habitant du Sud-Ouest âgé de 36 ans, a donné sa voix à Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle. Mais le 24 avril prochain, pour le second tour, hors de question pour lui de voter pour le président sortant.

Comme près d’un tiers des électeurs du candidat La France insoumise (LFI), il votera pour la candidate d’extrême droite même si, au soir du premier tour, Jean-Luc Mélenchon – arrivé troisième avec 21,95% des voix – a répété qu’il ne fallait pas donner une seule voix à Marine Le Pen.

Un “électrochoc” en vue des législatives

Ce trentenaire, qui ne partage par les opinions de Marine Le Pen, justifie notamment son choix par la perspective des élections législatives à venir. Car les 12 et 19 juin prochains, les Français et Françaises sont de nouveau appelées aux urnes pour élire leurs députés.

“Si Macron passe, il y aura une abstention record aux législatives, estime Alexandre pour BFMTV.com. La seule solution, c’est l’électrochoc Le Pen, une bombe atomique pour mobiliser massivement les électeurs.”

L’objectif selon lui: entraver l’action politique de Marine Le Pen si cette dernière devait être élue à la fonction suprême. C’est en effet l’ambition de LFI: gagner un maximum de sièges à l’Assemblée nationale pour imposer une cohabitation au futur locataire de l’Élysée. “Tout le monde sera de notre côté, poursuit Alexandre. Ce sera plus facile de lutter contre Le Pen que de lutter contre Macron.”

“Ce sera pas pire que Macron”

Quant aux appels au vote utile, Alexandre ne veut plus en entendre parler. “J’ai déjà voté utile. On voit où ça mène. Il faut sanctionner ce cirque qui dure depuis vingt ans.” Au second tour, en 2017, le jeune homme s’était abstenu mais en 2012, il avait donné sa voix à François Hollande, le candidat du Parti socialiste.

“Il faut en finir avec ce vote utile. Il n’est pas question de voter utile pour Macron quand on voit qu’il a vendu la France à McKinsey (le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire pour blanchiment aggravé de fraude fiscale après la publication d’un rapport du Sénat sur le recours par le gouvernement à des cabinets de conseils privés, NDLR). Je suis un mélenchoniste convaincu. Le Pen, ce sera pas pire que Macron.”

Sur les réseaux sociaux, le débat fait rage chez les supporters de Jean-Luc Mélenchon. Pour certains, pas question de donner leur voix à l’un ou à l’autre, ils voteront blanc ou s’abstiendront – ce qui représenterait un deuxième tiers des électeurs du candidat LFI. “Ni Macron, ni Le Pen”, écrivent-ils.

Mais pour d’autres, c’est la logique du “tout sauf Macron”, parfois surnommé “l’éborgneur” dans les commentaires – en référence aux personnes blessées par les forces de l’ordre lors des manifestations de gilets jaunes. Chez ces électeurs de Jean-Luc Mélenchon transparaît ainsi une forme de détestation du candidat LaREM.

C’est le cas de Salima, 49 ans, qui travaille à la Sécurité sociale. Elle accuse Emmanuel Macron de mépriser les petites gens, “nous, les gens qui ne sont rien, comme il a dit”, explique-t-elle à BFMTV.com. Elle lui reproche également la gestion de la crise sanitaire et l’instauration du passe vaccinal – elle et sa fille de 12 ans ne sont pas vaccinées.

“Je suis anti-macroniste à 2000%, insiste Salima. Je refuse ce monde de l’ultralibéralisme, la casse du service public, de l’hôpital.”

Cette habitante de la région Rhône-Alpes a pourtant “toujours voté à gauche”. Sauf en 2002, lors du second tour qui avait pour la première fois opposé la droite à l’extrême droite. Elle avait alors donné sa voix à Jacques Chirac. Il y a cinq ans, elle a voté Mélenchon au premier tour, blanc au second. Mais le 24 avril prochain, elle votera Marine Le Pen. “Je ne me ferai pas avoir deux fois”, ajoute-t-elle.

À chaque fois, je me disais: ‘il faut faire barrage au Rassemblement national’. Eh bien, je vais lui donner sa chance. Et pourtant, je suis issue de l’immigration et je vais voter Le Pen, on en est là.”

BFM