Traité d’antisémite après ses propos sur George Soros, Elon Musk soutenu par… le gouvernement israélien

Elon Musk est-il antisémite ? Après les attaques au vitriol lancées par le très controversé patron de Twitter contre le milliardaire américain George Soros, incarnation du libéralisme et bête noire de toutes les extrêmes droites dans le monde, cette question a déclenché une vive et étrange polémique en Israël.

Tout a commencé par un tweet d’Elon Musk la semaine dernière assimilant George Soros à Magnéto, un super-vilain de la bande dessinée et de la série X-Men. Le milliardaire, dont la fortune est estimée à plus de six milliards de dollars, « hait l’humanité et veut éroder la structure de la civilisation » selon le patron de Tesla et nouveau PDG de Twitter.

Dans la foulée, le réseau social s’emballe. Le message associé au mot-clé « les juifs » devient « tendance », avec plus de 40 millions de vues dans le monde, assorties d’une flopée de théories complotistes antisémites, contre George Soros (92 ans), un Américain juif d’origine hongroise survivant de la Shoah – tout comme Magnéto. Petit détail : le coup de sang d’Elon Musk s’est produit quelques jours après l’annonce qu’un des fonds d’investissement de George Soros avait décidé de se débarrasser de 16 millions d’actions de Tesla, la société d’automobiles électriques du milliardaire.

Croyant bien faire, un haut responsable du ministère israélien des Affaires étrangères dénonce alors des messages « à connotations antisémites » de la part du nouveau propriétaire de Twitter. Mal lui en prend. Il se fait durement taper sur les doigts par son supérieur, Eli Cohen, le chef de la diplomatie israélienne. « Soros n’est pas précisément quelqu’un qui a besoin de la protection d’Israël, mais il n’y aura plus de tweet de ce genre », prévient le chef de la diplomatie. Un autre membre du gouvernement va plus loin. « En tant que ministre chargé de la lutte contre l’antisémitisme je tiens à préciser que le gouvernement et la grande majorité des Israéliens considèrent Elon Musk comme un incroyable entrepreneur et un véritable modèle » proclame Amichai Chikli, ministre chargé de la Diaspora.

Ménager Musk

Selon ce proche du Premier ministre Benyamin Netanyahou, les attaques contre George Soros « qui finance les organisations les plus hostiles au peuple juif et à l’État d’Israël sont tout sauf antisémites, bien au contraire ». Dans le passé déjà, le quotidien Israel Hayom, fidèle soutien du Premier ministre, avait laissé entendre que George Soros aurait partie liée avec l’Iran, l’ennemi numéro un de l’État hébreu. Le mois dernier, Yaïr Netanyahou, fils du Premier ministre, était présent lors d’une conférence à Budapest organisée par le Fidesz, le parti ultranationaliste de Viktor Orban, le chef du gouvernement hongrois, obsédé lui aussi par sa détestation envers George Soros. Yaïr Netanyahou avait alors forgé le concept de « sorosization ». Objectif : dénoncer les « dommages provoqués » par le milliardaire accusé de financer des ONG « antisémites dont l’objectif est de détruire Israël, le seul État juif ».

Les bonnes relations entre Musk et Netanyahou ne sont pas innocentes. Outre la production de charges électrique made in Israël pour Tesla, l’entreprise se développe rapidement dans le pays. En outre, Elon Musk, qui souhaite profiter du savoir-faire dans le domaine de la high-tech de l’État hébreu a aussi l’intention d’investir de grosses sommes dans la recherche et le développement dans les secteurs qui l’intéressent, notamment le domaine spatial. Elon Musk est donc intouchable et doit être ménagé, ne serait-ce qu’en raison de son rôle chez Twitter, tandis que George Soros aurait tout de la figure d’un manipulateur diabolique.

Israël se retrouve ainsi dans le même camp que des inconditionnels de Donald Trump, mais aussi de complotistes antisémites en tout genre, comme si la raison d’État devait parfois l’emporter sur l’impératif moral. Le Jerusalem Post, un quotidien centriste n’ayant aucune complaisance envers George Soros, a évoqué ce dilemme. « Ces attaques sournoises doivent pousser les juifs, quelle que soit leur inclination ou leur appartenance politique, à défendre Soros », écrit le journal. Un appel que partage Deborah Lipstadt. Pour l’envoyée spéciale de Joe Biden chargée de la lutte contre l’antisémitisme, « les antisémites ont invoqué dans le passé la famille Rothschild pour justifier leur haine antijuifs. Aujourd’hui, c’est George Soros qui sert de repoussoir ».

Marianne