Troyes (10) : Un boulanger se bat pour garder Oumar son apprenti guinéen

Frédéric Bouchery vient de lancer une pétition et appelle à la mobilisation de tous pour sauver Oumar Konaté, son jeune apprenti en boulangerie, qu’il emploie depuis octobre 2020 et qui vient de recevoir une ordonnance de quitter le territoire français.

« Inadmissible ! Sauvons notre apprenti menacé d’expulsion », c’est par ces mots oscillant entre colère et désespoir que débute la pétition créée par Frédéric Bouchery, le boulanger troyen, installé faubourg Croncels depuis 2007. Lancé le 13 septembre dernier, son appel à la mobilisation en ligne avait déjà recueilli, jeudi, 20.386 signatures.

Une adhésion qui conforte le boulanger dans son combat pour sauver son apprenti d’origine guinéenne, Oumar Konaté, avec qui il a signé un contrat d’apprentissage en octobre 2020. Le jeune homme âgé de 18 ans vient de tomber sous le coup d’une OQTF (ordonnance de quitter le territoire français) délivrée par la préfecture de l’Aube. Un couperet au parcours de formation et d’intégration, jusque-là sans faille du jeune majeur, qui fait suite à sa demande de carte de séjour.

Alors qu’il atteint sa majorité, on tire un trait sur toute cette réussite »

« On marche sur la tête. Oumar a été accueilli, en 2018 à Troyes, au centre départemental de l’enfance, il avait 15 ans. Il a tout fait pour s’intégrer, a eu son brevet des collèges avec mention et s’est orienté en apprentissage boulangerie. Il est le premier de sa classe, il doit passer le CAP cette année. J’ai signé un contrat de travail avec lui et alors qu’il atteint sa majorité, on tire un trait sur toute cette réussite, sur toute l’implication de ses enseignants et formateurs, et sur tout l’argent déjà investi par le conseil départemental (en charge du centre départemental de l’enfance, NDLR) et donc notre argent à tous ! », s’insurge Fréderic Bouchery.

Et d’ajouter, « on brise les rêves d’un jeune homme assidu, poli et consciencieux et on m’enlève mon seul apprenti alors qu’il m’en faudrait deux mais je ne trouve personne pour m’épauler dans mon commerce. Les jeunes préfèrent faire de la grande pâtisserie, le bon pain et les viennoiseries de qualité ce n’est peut-être pas tendance mais c’est le cœur du métier, de notre commerce essentiel à la vie du quartier. »

Tous accueillis en tant que mineurs au centre départemental de l’enfance, ces jeunes qui sont tous sous contrat d’apprentissage, ont reçu dès leur majorité une OQTF. Désespérés, ils veulent organiser une marche pour alerter sur leur situation.

L’OQTF qui frappe aujourd’hui Oumar est motivée par le caractère frauduleux de son extrait d’acte de naissance. Une accusation que rejettent en bloc le jeune apprenti et son patron. « Oumar a fui la Guinée dans des conditions atroces car il était maltraité par sa famille suite au décès de sa mère. Il a enduré beaucoup de souffrances et comme si cela ne suffisait pas, on l’accuse aujourd’hui d’être malhonnête en produisant des papiers mensongers et frauduleux. Il est pourtant porteur d’une carte consulaire valide, qui lui a été délivrée à son arrivée en France en 2018 par l’ambassade de Guinée en France », commente Frédéric Bouchery.

Oumar lui est complètement désespéré et ne comprend pas ce qui lui arrive. «  Je suis arrivé en Espagne mais j’ai choisi la France et j’ai tout fait pour réussir et m’intégrer. La Guinée ne délivre plus de passeports depuis 2016, pour obtenir de nouveaux papiers d’état civil, je ne sais pas comment faire. Les originaux que j’ai donnés sont retenus depuis que j’ai fait ma demande de séjour et pour en obtenir d’autres c’est très difficile, les courriers se perdent avec La Guinée et je dois faire appel à des intermédiaires pour aller à la capitale mais je ne parle plus à ma famille et les gens qui pourraient m’aider vivent à 900 km de la capitale », se lamente le jeune homme.

« On ne lâchera rien, il doit rester avec nous ! »

Dans sa détresse, Oumar peut compter sur le soutien de Frédéric Bouchery et de toute sa famille. « On ne lâchera rien, mon fils de 6 ans pleure car il ne veut pas qu’Oumar parte, il fait partie de la famille, on lui a payé des cours de natation pour réparer son traumatisme de la mer après son exil. Il doit rester avec nous ! »

L’Est-Eclair