Turquie : Découverte d’une nouvelle statue d’Hygie, fille d’Asclépios

Le temple de Zeus est le vestige le plus connu de la cité antique d’Aizanoi, près du village turc actuel de Çavdarhisar (province de Kütahya)

ARCHÉOLOGIE – En Anatolie occidentale, la découverte d’un énième vestige lié à une divinité médicale pourrait indiquer l’importance des cultes thérapeutiques dans l’ancienne Aizanoi.

Le sang des archéologues turcs n’a fait qu’un tour. Au cours de leur dernière campagne de fouille sur le site de la cité hellénistique d’Aizanoi, dans l’ouest de l’Anatolie, la centaine d’ouvriers et la vingtaine de spécialistes engagés sur le chantier de l’ancienne agora ont mis au jour une nouvelle statue antique. Découverte dans le secteur du portique sud du centre d’Aizanoi, la sculpture représentait une femme vêtue d’une tunique et portant dans sa main un serpent tortueux, ondulant vers la tête de sa propriétaire. Comme le sont un grand nombre de statues anthropomorphiques dont le cou fragile supporte mal le poids des siècles, la sculpture était toutefois décapitée. Qui était-ce ? Était-elle, comme Méduse, une gorgone éprise de ces reptiles écailleux à langue fourchue ?

«Nous avons exhumé une statue d’Hygie, qui était connue pour être non seulement la déesse de la santé et de la propreté, mais aussi la fille d’Asclépios, dieu de la santé dans la mythologie grecque et romaine», a déclaré à l’agence de presse turque Anadolu le directeur de fouille Gökhan Coşkun. Archéologue à l’université Kütahya Dumlupınar, le chercheur a précisé que la sculpture était de taille humaine, et semblable à d’autres statues d’Hygie précédemment découvertes à Aizanoi : «Cette profusion nous fait penser qu’il pourrait y avoir eu des structures et des édifices liés aux cultes de la santé à l’époque romaine.» L’un des sites plus importants consacrés aux cultes iatriques – qui touchaient à la médecine – se trouvait de l’autre côté de la mer Égée, à Épidaure.

Malgré l’absence de sa tête, qui ne semble pas avoir été retrouvée, l’identité de la statue était immédiatement reconnaissable aux yeux des spécialistes. Bien éloignée du type iconographique monstrueux de la gorgone, Hygie – aussi connue sous le nom d’Hygée – était la troisième fille et l’une des divinités parèdres, c’est-à-dire auxiliaires, d’Asclépios. On la reconnaît à la couleuvre qui est leur attribut commun. Chez son père, l’animal est associé au bâton d’Asclépios, dont le symbole orne le logo de nos pharmacies contemporaines ; pendant que chez Hygie, la couleuvre est aussi représentée avec la coupe de la déesse dont les vertus curatives sont proverbiales. Difficile, ainsi, de la confondre avec un Apollon de type Sauroctone : certes associé à des serpents ou à des lézards (représentant le monstre Python), le dieu est alors représenté de manière archétypale en éphèbe nu, voire presque féminin dans la statuaire de Praxitèle. Une nudité héroïque qui n’a rien à voir avec l’accoutrement de la divine Hygie.

Situé à une cinquantaine de kilomètres de la ville turque de Kütahya, le site antique Aizanoi fait depuis plusieurs années l’objet de fouilles intensives de la part des scientifiques turcs. Occupée depuis la fin de l’époque néolithique, et réputée pour son sanctuaire de Zeus, l’ancienne cité est inscrite depuis 2012 sur la liste indicative turque en vue d’une future candidature au Patrimoine mondial de l’Unesco. La bonne santé des travaux archéologiques ne devrait, sans doute pas, nuire de trop à la patrimonialisation du site.

Le Figaro