Ukraine : Œuvres d’art, reliques, tracteurs… à Kherson, les troupes russes pillent à tout va

Tandis que les troupes ukrainiennes poursuivent leur avancée sur Kherson, les forces d’occupation russes ont vidé la ville. De leurs habitants en les évacuant. Mais aussi en pillant ses musées, ses maisons et même ses hôpitaux.

Le musée d’art Oleksiy Shovkunenko de la ville de Kherson serait désormais complètement vide. Entre le 31 octobre et le 3 novembre, “les forces d’occupation russes ont emporté ‘tout ce qu’elles ont vu, tout ce qu’elles ont pu atteindre’ sans même emballer correctement les œuvres pour les transporter”, selon un message de la direction du musée posté sur Facebook. Les camions ont pris la direction de la Crimée annexée par la Russie, selon ce message. Le musée abritait quelque 10.000 pièces.

Bas-relief : Les soldats de Suvorov livrent bataille

À Kherson, “des choses disparaissent à un rythme effréné”. Des biens culturels donc. Mais aussi “des ambulances, des tracteurs et des voitures”“Même les ossements de Grigori Potemkine, ami et amant de la Grande Catherine, ont été pris dans une crypte de la cathédrale Sainte-Catherine et emportés”. Le butin est transporté sur la rive gauche du Dniepr.

Le 28 octobre, le président Volodymyr Zelensky avait déjà accusé les autorités d’occupation d’avoir fermé les hôpitaux après avoir emporté leurs équipements, selon l’Ukrainska Pravda. Et aussi d’avoir forcé le personnel médical à quitter la ville.

Les Russes abandonneront-ils Kherson ?

Tout comme elles l’avaient entrepris auprès de l’ensemble de la population, le 13 octobre. Officiellement pour la mettre à l’abri face à l’avancée des troupes ukrainiennes. Kiev avait dénoncé une “déportation”. Quinze jours plus tard, l’opération était achevée, selon Moscou, qui a parlé de 70.000 personnes “évacuées”. “Selon des proches de personnes encore sur place, la ville est grande partie vide et son destin fantomatique sera probablement scellé dans les prochaines semaines par une série de batailles sanglantes”.

Voilà quelques jours, les drapeaux russes ont disparu des bâtiments publics. Signe d’un départ des troupes d’occupation ? Ou ruse ? “C’est sans aucun doute un piège”,
explique Alyona Lapchuk qui a fui la ville en avril. L’armée ukrainienne a en outre affirmé le 4 novembre qu’un millier de soldats russes fraîchement mobilisés étaient arrivés sur place.

Abandonner Kherson serait pour Moscou serait un double revers. Symbolique, alors que la capitale régionale est la seule à avoir été conquise quelques jours après l’invasion du 24 février. De plus, un référendum en vue de son rattachement à la Russie y a été organisé et fêté en grande pompe à Moscou.

Les Russes s’habillent en civil et se cachent dans les maisons.”

Revers stratégique également, note le Washington Post, puisqu’“une des premières décisions de la Russie après son invasion en février” avait été de remettre en route un canal qui approvisionne la Crimée en eau douce et que l’Ukraine avait fermé après l’annexion de la péninsule. La facture pour Moscou s’était élevée à plusieurs millions de dollars.

La région est aussi hautement stratégique en ce qu’elle forme “le dernier élément du ‘pont terrestre’ entre la Russie continentale et la Crimée que Poutine convoitait depuis l’annexion de la péninsule en 2014”. Si la ville venait à tomber, ajoute le Washington Post, “les forces ukrainiennes pourraient poursuivre leur progression et encercler les forces russes”.

Kyiv Independent