Ultradroite : des armes pour la guerre raciale, et la réponse de Reinho

Articles de blog, chaîne Telegram, vidéos YouTube… Nombre d’«influenceurs» de l’extrême droite radicale appellent leurs adeptes à se fournir en armes à feu, toujours dans la légalité, pour se préparer à la «guerre civile raciale».

  •   Ultradroite : des armes pour la guerre raciale

Une couverture noire barrée par un titre écrit en lettres rouges et qui ne laisse guère de place à l’interprétation : Guerre civile raciale. Dans son dernier livre posthume, préfacé par le suprémaciste blanc américain Jared Taylor et édité par le national-socialiste revendiqué Daniel Conversano, le théoricien de l’extrême droite Guillaume Faye s’interroge : «On ne note pas la moindre réaction de défense de notre peuple au passé vaillant, ni de celui d’autres pays européens, et encore moins le début de quelconques représailles contre les musulmans arabes et noirs, responsables de la plupart des crimes.»

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Cet affrontement armé entre les Blancs et les Français d’origine étrangère mais surtout de confession musulmane est, pour une partie de l’extrême droite radicale, «à venir» voire «déjà en cours, de façon larvée». Chaque fait divers impliquant une personne issue de l’immigration est ainsi vécu comme une bataille de plus d’un conflit que les «progressistes» refuseraient de voir. Qu’elle soit à venir ou en cours, pour ceux qui la redoutent ou l’appelle de leurs vœux, cette «guerre raciale» serait inéluctable. Il s’agirait du dernier combat de l’Occident contre l’Orient où le premier jouerait la survie de sa civilisation à la manière du Ragnarök des cultures scandinaves.

Une croisade venue des Etats-Unis

L’idée n’est pas nouvelle comme l’explique à Libé l’historien Nicolas Lebourg : «On retrouve des mentions de la guerre civile raciale dans la littérature de Terre et Peuple dans les années 90.» Elle n’est pas non plus française : «Il s’agit d’une idée qui vient des Etats-Unis où a été théorisée la “guerre sainte raciale” (Racial Holy War ou RaHoWa).» On retrouve la dimension du combat final, «presque eschatologique», de la croisade.

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Et pour faire face à ce conflit, une chose est sûre : il faut acquérir des armes. Articles de blog, chaîne Telegram, vidéos YouTube… On ne compte plus les appels des «influenceurs» de l’extrême droite radicale, à l’image de Piero San Giorgio, Daniel Conversano ou encore Code-RNO, à se fournir en armes à feu, toujours dans la légalité, et à s’entraîner.

Survivalistes, ex-militaires et «fanamili»

Joint par Libé l’historien et politologue Stéphane François explique qu’on peut diviser les militants d’extrême droite fascinés par les armes à feu en trois catégories : «Vous avez les survivalistes pour qui avoir une arme est nécessaire pour survivre à l’effondrement, c’est une condition sine qua non. Viennent ensuite les anciens militaires ou policiers qui vont s’entraîner au tir et au combat, ce sont les instructeurs de la mouvance. Enfin, il y a les militants fascinés par la culture militaire qui souhaitent acquérir des armes en s’imaginant être des soldats défendant l’Occident. Ces trois catégories peuvent très bien se croiser.» Dominique Venner, ancien officier, chasseur et idéologue d’extrême droite, dont il est presque devenu un martyr en se suicidant devant l’autel de Notre-Dame de Paris, illustre bien ce croisement des mentalités.

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Les adeptes de la guerre ethnique souhaitent s’armer pour pallier «une défaillance de l’Etat» supposée, explique Stéphane François, «mais il y a également pour certains l’idée que l’Etat est aussi l’ennemi». Pour autant, précise le chercheur, il n’existe quasiment plus à l’extrême droite de velléités de prendre le pouvoir par les armes – disparues dans les années 70-80 –, désormais «il s’agit de se présenter comme le défenseur des valeurs occidentales face aux agressions extérieures»«Je suis survivaliste, nationaliste blanc mais je suis dans une posture défensive», confiait ainsi le Suisse Piero San Giorgio, connu pour ses stages de survie dispensée au sein de la mouvance d’Alain Soral. Reste à savoir ce que chacun entend par «se défendre».

Pierre Plottu Maxime Macé pour Liberation