Un Alsacien sur deux favorable à l’abrogation du concordat et quatre sur cinq opposés à la subvention pour la mosquée Eyyûb Sultan

Selon une étude de l’Ifop publiée ce mardi 7 avril, 52 % des Alsaciens-Mosellans seraient favorables à l’abrogation du concordat. 81 % des Alsaciens désapprouvent la subvention de 2,5 millions d’euros de la mairie de Strasbourg pour la mosquée Eyyûb Sultan

En pleine polémique sur le financement d’une mosquée d’obédience turque par la ville de Strasbourg, voilà un sondage qui va faire du bruit. Selon une étude de l’Ifop (1) pour le Grand Orient de France (Gof), plus de la moitié des Alsaciens-Mosellans, 52 %, sont favorables à l’abrogation du concordat en Alsace-Moselle.

Ce droit local hérité de l’histoire (la région était allemande lors de l’adoption de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État) organise le financement public des cultes catholique, luthérien, réformé et israélite et, par extension, permet des aides aux autres confessions. La dénonciation de ce régime particulier par une partie de la gauche et des réseaux laïques qui y voient une entorse à la laïcité se heurtait jusqu’ici à l’attachement des populations locales.

Or, pour François Kraus, de l’Ifop, cette étude mettrait en lumière un « changement de l’état de l’opinion ». Selon le sondage, les Alsaciens-Mosellans restent beaucoup plus partagés sur le concordat que les Français dans leur ensemble, favorables à 78 % à son abrogation. Mais l’étude révèle que toutes les couches de la population locale, quels que soient l’âge, le lieu d’habitation ou le niveau d’étude, sont gagnées par le doute. Seul le facteur religieux est très clivant : 35 % des catholiques pratiquants sont favorables à l’abrogation du concordat contre 69 % des sondés se disant athées.

« Cette étude tord le bras à l’idée d’un grand attachement au concordat qui est un accident de l’histoire mais n’est pas un élément de l’identité alsacienne », assure Georges Sérignac, grand maître du Gof. Elle montre aussi l’énorme attachement des Français à la république laïque. »

Francis Messner, spécialiste du droit des religions à l’université de Strasbourg, rappelle que dans les années 1990, des études avaient montré que les Alsaciens soutenaient à environ 90 % le financement des cultes ou les cours de religions à l’école publique, autre effet du concordat. Mais ces dernières décennies, souligne-t-il, cette région est touchée par une « sécularisation massive équivalant à celle du pays. Les catholiques pratiquants représentent environ 5 % de la population contre 2 % en France. La participation aux cours de religions en primaire est passée de 80 % dans les années 1990 à 50 %. »

Dans ce contexte, l’érosion de l’attachement au concordat ne l’étonne pas, même si les chiffres avancés par l’étude le troublent. « On assiste depuis quelques années à une réaffirmation de l’Alsace et de son droit local. Or, s’il concerne aussi la sécurité sociale ou le régime des associations, ce droit local, pour les gens, c’est d’abord et avant tout le régime des cultes. »

81 % des Alsaciens désapprouvent le financement de la mosquée Eyyûb Sultan

Le sondage a toutefois été réalisé dans un contexte de forte inquiétude des Français sur l’influence de l’islam politique (loi séparatisme) et en pleines polémiques sur le financement du chantier de la mosquée de Strasbourg Eyyûb Sultan, portée par l’association turque Millî Görüs. Sur ce point 81 % des Alsaciens se déclarent opposés à l’octroi par la mairie d’une subvention de 2,5 millions d’euros pour la construction du lieu de culte. Un résultat qui ne va pas arranger les affaires de la maire écologiste Jeanne Barseghian, très critiquée par l’opposition locale et le ministre de l’intérieur.

Au-delà de cette affaire particulière, le sondage révèle une forte défiance de la population à l’égard d’un financement de l’islam. Ainsi, 56 % des Alsaciens musulmans se disent favorables au principe général d’un financement public des cultes. Mais, en ce qui concerne leur région, ils sont 65 % à être favorables à ce que l’argent public finance le culte catholique et seulement 30 % à penser de même pour le culte musulman. C’est l’une des leçons de cette enquête pour François Kraus : les fortes réticences à l’égard d’un financement de l’islam expliquent en partie le fait que nombre d’Alsaciens seraient prêts à abandonner le concordat. À lire aussi Quel est le statut de l’islam en Alsace-Moselle ?

Alors que les divisions communautaires fragilisent la société, un tel sondage ne risque-t-il pas de jeter de l’huile sur le feu ? Georges Sérignac pense au contraire qu’il montre l’adhésion à la république laïque. « La loi de 1905 avait pacifié un pays qui était au bord de la guerre civile. Les Français sont attachés à la laïcité qui est un régime d’apaisement et de paix. » À un an de la présidentielle, la principale obédience maçonnique entend porter de manière forte le sujet de l’abrogation du concordat.

(1) Étude réalisée par questionnaire auto administré en ligne du 30 mars au 1er avril auprès d’un échantillon de 1 009 Français, représentatif de l’ensemble de la population et d’un échantillon de 801 Alsaciens-Mosellans.

La Croix