Un an après la chute de Kaboul, que sont devenus les Afghans exfiltrés en France ?

Le 15 août 2021, Kaboul tombait aux mains des talibans et des milliers d’Afghans cherchaient à fuir le pays. Depuis lors, plus de 4 500 d’entre eux se sont installés en France.

5 août 2021. Roya Ahmadi, 17 ans, assiste, terrorisée, au retour au pouvoir des talibans à Kaboul. Sa famille, d’ethnie hazara, une minorité chiite persécutée par le régime des mollahs, qui vit de façon très libre, ne se sent alors plus en sécurité. L’adolescente elle-même, qui intervient sur une radio, double des films en persan et chante sur les réseaux sociaux, sait qu’elle a tout à craindre du nouveau régime.

Alors quand son frère entend parler, par une amie afghane réfugiée en France, d’une opération autour de l’association Singa pour identifier et exfiltrer vers Paris des intellectuels, artistes ou militants menacés par le nouveau pouvoir, la famille décide que Roya, son frère Djawid, journaliste, et sa belle-sœur Farida doivent tenter leur chance. Une aventure risquée.

Après avoir bravé les check-points et attendu plusieurs jours devant l’aéroport pris d’assaut par les candidats au départ, une centaine de personnes parvient à embarquer dans un avion affrété par l’opération française Apagan. Les Ahmadi arrivent à Paris le 25 août. Le lendemain, un attentat-suicide fait plus de 180 morts à l’aéroport de Kaboul.

Comme les Ahmadi, près de 2 600 Afghans ont été exfiltrés de leurs pays vers la France entre le 15 et le 27 août 2021. « Apagan s’est arrêté quand l’aéroport a été fermé mais les arrivées se sont poursuivies, de façon plus perlée, et continuent aujourd’hui encore », explique Delphine Rouilleault, directrice générale de France Terre d’asile, association missionnée pour accueillir les évacués dans un hôtel près de l’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle.

Début août 2022, « on comptait 4 510 Afghans accueillis en France », détaille Didier Leschi, directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration.

Un asile obtenu plus facilement que les autres Afghans

Certains ont manifestement continué leur voyage vers d’autres pays car seulement 2 844 personnes avaient, à la même date, déposé une demande d’asile auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), selon le ministère de l’intérieur. Parmi elles, 2 510 ont déjà obtenu une réponse, dont 2 472 positives.

Ce délai et ce taux d’acceptation sont bien plus favorables que pour la moyenne des demandeurs d’asile, qui sont aussi moins souvent hébergés que ne l’ont été les exfiltrés afghans. « Parmi les réfugiés afghans, reprend Didier Leschi, 1 352 ont déjà signé le Contrat d’intégration républicaine (que doivent signer tous les étrangers qui obtiennent leur premier titre de séjour, NDLR), mais 153 ne se sont pas présentés. On ne sait pas pourquoi, peut-être sont-ils partis. »

Les Ahmadi, hébergés dans un centre de l’Allier, ont obtenu le statut de réfugié en janvier. La famille, qui a eu la joie d’accueillir en avril le premier bébé de Djawid et Farida, a eu la chance de se voir proposer à Villefranche-sur-Saône un logement par une association. Et de se faire inviter par un ami d’Annecy pour quelques jours de vacances.

Mais, près d’un an après leur départ de Kaboul, les voies de leur intégration restent encore à construire. En particulier, et en raison des retards de l’administration, ils n’ont toujours pas obtenu le titre de séjour auquel ils ont droit. Ce qui handicape pas mal de démarches.

Le long apprentissage du français

Roya a commencé à apprendre le français, mais son niveau de langue s’est révélé insuffisant pour intégrer une classe de première générale à la rentrée. Un crève-cœur pour celle qui était très bonne élève à Kaboul et rêvait d’études d’art ou de droits de l’homme en France. Quant à Djawid, qui aimerait rester journaliste, et Farida, qui se verrait bien traductrice, ils attendent toujours une date de reprise de leurs cours de français qui, espèrent-ils, leur permettront de mieux comprendre leur pays d’accueil.

« La plupart se sont vu prescrire un maximum d’heures de français, mais 400 ou 600 heures restent souvent insuffisantes », estime Delphine Rouilleault. D’autant que les Afghans d’Apagan exerçaient souvent des professions intellectuelles (journalistes, juristes, médecins, artistes…) qui requièrent une très bonne maîtrise de la langue. Et très peu de formations à destination des réfugiés prennent en compte autre chose que des métiers en tension, plutôt manuels.

Si les parents et autres frères et sœurs de Roya ont pu s’exiler au Canada, pour la plupart des Afghans se pose aussi la douloureuse question de la réunification familiale. En théorie, les réfugiés ont le droit de faire venir leurs parents et leurs enfants. Mais pas leurs frères et sœurs, ni leurs cousins.

Dans les faits, même si le rapprochement est autorisé, « ils se heurtent souvent à des difficultés pour obtenir un passeport des autorités afghanes, et un visa de la part des consulats français des pays alentour », reprend Delphine Rouilleault.

La Croix