Un groupe de tueurs de chevaux terrorise les éleveurs

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Je n’ose vous dire la haine et la colère que cet article fait monter en moi… Evidemment la police n’a aucune piste, et si elle en avait, je suis certaine qu’elles seraient traitées avec la plus grande discrétion.

À chaque fois, ça s’est passé la nuit, dans la même pâture de Berny-en-Santerre, petit village picard de 150 habitants. D’abord le 14 mai, un cheval blanc et marron retrouvé mort au petit matin. Puis un petit poney, découvert gisant à peine trois jours plus tard. Sur les cadavres, pas de traces de coups, mais un détail choquant : l’oreille droite manque aux deux chevaux. Pas arrachée, mais découpée, dans un cas avec un soin chirurgical, «comme au scalpel», raconte le maire Francis Leroy : «Ça a eu lieu en plein confinement. C’est un truc de fou.»À lire aussi : La France, mauvais élève européen de l’abandon animal

Le motif ? Un mystère. Mais dans la mutilation, une ressemblance frappante avec une série de mise à mort d’équidés qui terrorise les éleveurs depuis plusieurs mois. Le 12 février, un cheval était retrouvé mort dans son enclos au lycée agricole de Château-Salins, en Moselle. Un mois plus tard, un cheval de course était découvert sans vie en Vendée, près des Sables-d’Olonne. Le 22 avril, une pouliche est découverte égorgée à Quierzy-sur-Oise, dans l’Aisne. En mai, ce sont les deux chevaux de Berny-en-Santerre qui viennent allonger la liste. Le 6 juin, une jument est retrouvée agonisante près de Dieppe, en Seine-Maritime. Deux semaines plus tard, un âne de 14 ans est retrouvé mort, un œil arraché, dans une pâture de Grumesnil, en Seine-Maritime. Tous ont eu une oreille découpée.

L’accumulation a fini par attirer l’attention des enquêteurs du Service central du renseignement territorial (SCRT), qui ont consacré une note à ce sujet le 30 juin, rapporte lundi Le Parisien. « Des questions se posent sur leurs auteurs et leurs réelles intentions», remarquent les policiers. «Superstition, fétichisme, rituel satanique, sectaire ou autre», en tout cas «une véritable volonté de porter atteinte aux équidés de manière générale tout en gardant une oreille en trophée», rapporte le SCRT.

Pour l’heure, les enquêteurs ne savent pas avec certitude si ces exactions ont été commises par le même groupe d’individus, ni si chaque mise à mort a impliqué plusieurs individus. Les modes d’exécution diffèrent, de même que leur localisation. «Je vois mal quelqu’un faire 550 bornes pour aller flinguer un âne, mais il y a tellement de choses incompréhensibles de nos jours, soupire Loïck Crampon, propriétaire de l’âne qui a été tué le 19 juin. On ne sait pas de quoi il est mort, et il n’y a pas eu de témoins, la pâture est au milieu de nulle part.»

«Je n’ose plus sortir de chez moi»

En charge de l’enquête au niveau local, la gendarmerie de Gournay-en-Bray n’a que peu d’éléments. À la gendarmerie de Sarrebourg, qui suit le cas du lycée agricole de Château-Salins, on constate aussi la difficulté de rassembler des éléments dans des lieux si isolés. «On n’a trouvé aucune trace sur places, et l’enquête de voisinage n’a rien donné, déplore le capitaine Jean-Christophe Eberlé. C’est malheureux à dire, mais c’est une enquête qui risque de ne rien donner.» Par ailleurs, les causes de la mort des bêtes n’ont souvent pas pu être identifiées, faute d’analyses scientifiques concluantes.

D’après une source proche du dossier jointe par Le Figaro, les enquêteurs ont cependant été en mesure d’attester, en au moins une occasion, l’implication de plusieurs personnes au cours d’une même exaction. Un constat qui caractériserait l’action d’au moins une bande organisée, confirmant l’intuition de Philippe Boutin, entraîneur du trotteur tué en Vendée. «On voit qu’il a essayé de ne pas se laisser attraper, racontait-il à France 3 Pays de la Loire. Il y a des traces de glissade dans le champ. Une personne seule ne peut pas faire ça.» Les auteurs de la note du SCRT remarquent par ailleurs que «les traces constatées sur les naseaux laissent présumer l’utilisation d’un tord-nez, accessoire demandant à son utilisateur des connaissances et des compétences dans le monde équestre pour le manipuler avec efficacité.»

Trois enquêtes préliminaires ont été ouvertes et «regroupées sous l’autorité d’un seul enquêteur pour pouvoir étudier tous les rapprochements possibles», a indiqué à l’AFP le procureur d’Amiens, Alexandre de Bosschère. Confiées aux gendarmes de la brigade de recherches de Péronne, elles visent le délit «d’actes de cruauté envers un animal». Dans le Puy-de-Dôme, une enquête préliminaire a également été ouverte au printemps et confiée aux gendarmes des Ancizes pour deux faits similaires qui ont eu lieu à six mois d’intervalle entre fin 2018 et juin 2019 dans le même village.

«Nous sommes en contact avec les autres parquets pour tenter d’établir des rapprochements et éventuellement regrouper les enquêtes mais pour l’instant ce n’est pas le cas», a déclaré le procureur de la République de Clermont-Ferrand, Eric Maillaud. L’office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP), service de police judiciaire de la gendarmerie nationale, est également saisi de l’affaire.

De leur côté, les propriétaires victimes tentent tant bien que mal de démêler les fils de cette série sordide, dont les premiers cas remonteraient à janvier 2014, lorsqu’un cheval avait été retrouvé horriblement mutilé à Usson-en-Forez, dans la Loire. Pauline Sarrazin, dont la jument Lady a été mutilée le 6 juin, a fondé un groupe Facebook, «Justice pour nos chevaux», visant à rassembler d’autres propriétaires et attirer l’attention sur ces attaques. «Je ne dors plus la nuit, je n’ose plus sortir de chez moi», confie-t-elle au téléphone. À une soixantaine de kilomètres de là, Loïck Crampon, son frère et son père se relayent chaque jour pour monter la garde auprès de leurs bêtes.