Un groupe humain encore inconnu révélé par l’ADN d’un squelette

Un groupe humain encore inconnu révélé par l’ADN d’un squelette trouvé / Le Journal horaire / 26 sec. / 

Des archéologues ont découvert le squelette vieux de 7200-7300 ans d’une chasseuse-cueilleuse en Indonésie. Il provient d’un groupe humain encore jamais identifié ailleurs, selon un article publié dans le journal Nature.

Le squelette, relativement bien préservé, appartenait à une jeune femme de 17 à 18 ans, enterrée en position fœtale dans la grotte de Leang Panninge, au sud de l’île de Célèbes. Elle était partiellement recouverte par des pierres.

Surnommée “Bessé” par l’équipe de recherche, elle a été retrouvée au milieu d’artefacts identifiés comme toaléens, un groupe de chasseurs-cueilleurs de cette région de l’ère quaternaire. Des outils en pierre et de l’ocre rouge – une roche riche en fer utilisée pour fabriquer des pigments – ont été trouvés dans sa tombe, ainsi que des ossements d’animaux sauvages chassés. 

Il s’agit de la première découverte d’un squelette de ce groupe. “Les Toaléens vivaient dans les forêts du Sulawesi du Sud, en gros entre il y a 8000 et 1500 ans. Ces personnes chassaient des cochons sauvages et recueillaient des coquillages comestibles trouvés dans les rivières”, explique Adam Brumm, archéologue à l’Université australienne Griffith, qui a codirigé ces recherches.

Liée aux Papous et aux Aborigènes

L’analyse de l’ADN de la chasseuse-cueilleuse a révélé qu’elle faisait partie d’un groupe de population relié aux Papous et aux Aborigènes d’Australie. Mais elle révèle aussi que Bessé est un “fossile génétique” rare: son génome appartient à une lignée humaine qui n’est pas connue ailleurs dans le monde.

Les analyses génomiques menées montrent que Bessé partage environ la moitié de son patrimoine génétique avec les Aborigènes actuels et les peuples de Nouvelle-Guinée et des îles du Pacifique occidental.

Cela inclut de l’ADN hérité des Denisoviens – cousins éloignés des Néandertaliens – dont les fossiles n’ont été retrouvés qu’en Sibérie et au Tibet. 

L’étude publiée dans le journal Nature mercredi est une collaboration entre équipes de recherches internationales et indonésiennes, à la suite de fouilles qui ont débuté en 2015.

Une première

“C’est la première fois que l’on fait état de la découverte d’ADN humain ancien dans la grande région des îles qui vont du continent asiatique à l’Australie”, remarque Adam Brumm.

Cette zone, appelée Wallacea par les scientifiques, comprend les îles indonésiennes à l’Est de Bornéo jusqu’au Nord de la Nouvelle Guinée.

“Ces chasseurs-cueilleurs marins étaient les premiers habitants de Sahul, le supercontinent qui a émergé au cours du Pléistocène (période glaciaire) lorsque le niveau des mers a baissé, mettant à nu un pont terrestre entre l’Australie et la Nouvelle-Guinée”, note le professeur. “Pour atteindre Sahul, ces pionnières et pionniers humains ont traversé l’océan en passant par Wallacea, mais on sait peu de choses sur leurs voyages”.

L’équipe de recherche considère cette découverte comme d’autant plus unique que les squelettes anciens se dégradent rapidement avec un climat tropical humide: “C’est très rare de découvrir des restes d’ADN humain ancien sous les tropiques, c’est pourquoi c’est une découverte particulièrement heureuse”, souligne Adam Brumm.

Théories précédentes remises en cause

Cette étude remet en cause les théories précédentes sur le peuplement humain de la région, car les analyses ADN ont également révélé quelque chose d’inattendu chez Bessé: une signature ancestrale profonde d’une population humaine moderne précoce d’origine asiatique. Un groupe qui ne s’est pas mélangé avec les prédécesseurs des Aborigènes et des Papous, ce qui suggère qu’il a pu entrer dans la région après le peuplement initial de Sahul. 

“Cela montre à quel point nous comprenons encore peu de chose sur l’Histoire des premiers humains dans les îles du Wallacea”, a souligné l’archéologue.

RTS