Un juif sur sept se définit de la mouvance ultraorthodoxe « haredi »,

Un juif sur sept se définirait de la mouvance ultraorthodoxe haredi, soit 2,1 millions de croyants dans le monde, selon la dernière étude de l’Institute for Jewish Policy Research. Un chiffre en constante augmentation depuis dix ans, en particulier en Israël et aux États-Unis.

Un juif sur sept se définirait comme haredi, soit 2,1 millions de croyants dans le monde, selon une étude publiée par l’Institute for Jewish Policy Research, lundi 3 mai. Cette mouvance ultraorthodoxe du judaïsme, dont l’appellation signifie littéralement « craignant Dieu », représenterait ainsi 14 % de la population juive mondiale (estimée à près de 15 millions à la fin de l’année 2020). Un chiffre particulièrement élevé pour ce courant qui se caractérise notamment par une application stricte des préceptes de la halakha, la loi juive.

Selon cette étude, 90 % des juifs qui se définissent haredim vivent en Israël (1,2 million de croyants) et aux États-Unis (700.000 croyants), ce qui correspond aux deux premiers foyers de peuplement de la population juive dans le monde.

En Israël, les données détaillées du Bureau central de statistiques permettent de déterminer qu’environ 14 % de la population juive israélienne se définissent comme haredim. Une proportion en hausse depuis une dizaine d’années puisqu’ils représentaient 10 % de la communauté juive en 2009. Dans le pays, la croissance démographique des haredim est telle qu’elle entraîne une hausse de la population globale de 1,5 % chaque année.”

Taux de fécondité et espérance de vie élevés

Pourquoi cette communauté connaît-elle une évolution démographique aussi rapide ? « L’augmentation phénoménale de la population juive haredi s’explique par la combinaison d’un taux de fécondité et d’une espérance de vie élevés », précise l’auteur de l’étude, le chercheur Daniel Staetsky. En moyenne, les familles haredim ont en effet entre six et sept enfants, poursuit-il.

Le mode de vie haredi entraîne par ailleurs un fort sentiment d’appartenance à la communauté. Bien que certains croyants quittent leur communauté à l’âge adulte, ces départs n’impacteraient pas l’évolution de la hausse démographique de la population haredi dans les vingt prochaines années, selon l’étude.

A contrario, la population non haredi augmente nettement plus lentement, de 0,2 % en moyenne par an. À titre d’exemple, si le taux de fécondité de la population restait le même, l’étude démontre que la proportion de la population haredi devrait doubler tous les dix-huit ou vingt ans, tandis qu’il faudrait attendre 350 ans pour que le nombre de non-haredim soit multiplié par deux.

Selon l’auteur de l’étude, «la poursuite d’une croissance très élevée de la population haredi combinée à une très faible croissance de la population non-haredi signifie que la part (d’ultraorthodoxes) dans la population juive totale est appelée à augmenter ».

Chiffres à nuancer

L’institut américain qui a mené l’étude, créé sous l’égide du World Jewish Congress et du American Jewish Congress en 1941, précise toutefois que ces chiffres sont à prendre avec précaution. Beaucoup de pays, dont la France par exemple, n’autorisent pas les statistiques sur des critères ethniques ou religieux. Par ailleurs, l’auteur souligne que, «là où l’estimation du nombre total de juifs est compliquée, l’estimation de l’effectif d’un groupe au sein d’une communauté est encore plus complexe.»

En outre, «comme l’essentiel de la population juive mondiale se situe en Israël et aux États-Unis, leur démographie est surreprésentée dans l’étude, explique l’anthropologue Lucine Endelstein. La proportion de juifs haredim présentée dans l’étude ne correspond pas à la réalité du nombre d’ultraorthodoxes en France, où ces communautés sont très minoritaires. »

Institute for Jewish Policy Research