Un Monopoly qui prend en compte les inégalités raciales et explique le privilège blanc

Pour dénoncer le privilège blanc, une réédition du jeu de société Blacks and Whites vient de voir le jour. Dans cette version, les joueurs noirs sont d’entrée de jeu bien plus désavantagés que les joueurs blancs.

Blacks & Whites, c’est le même principe que le Monopoly. À une exception près : la couleur de peau du personnage choisi par le joueur – un personnage noir ou un personnage blanc – sera déterminante dans sa course vers la victoire. Une réédition du jeu de société américain vient de voir le jour, cinquante ans après sa création. Sa particularité ? Cette nouvelle version met un point d’honneur à représenter les inégalités raciales, pour plus de réalisme.

Ainsi, un joueur blanc bénéficiera d’emblée d’un million de dollars pour rafler les propriétés du jeu, quand un joueur noir ne possèdera pas plus de 10.000 dollars – soit 40.000 dollars de moins que le prix des deux propriétés les moins chères du jeu. Mais ça ne s’arrête pas là. Pendant la partie, les joueurs ont la possibilité de tirer des cartes qui leur font gagner des avantages ou des désavantages. La pile de cartes attribuées aux personnages noirs contient plus de “cartes désavantageuses” que celle des joueurs blancs.

Autre nouveauté, la réédition de Blacks and Whites contraint les joueurs noirs à n’acheter des propriétés que dans deux des quatre zones du jeu pendant les premiers tours de plateau : la zone non-gentrifiée et la zone intégrée. Les Blancs, eux, peuvent acheter des terrains dans toutes les zones du jeu. Bref, vous voyez le tableau.

Plus près de la réalité

Derrière cette réédition très politique, on retrouve le duo d’écrivains et de comédiens américains Jed Feiman et Nehemiah Markos, qui prêtent notamment leur plume au New Yorker. “Le jeu s’attaque à un sujet très grave et absolument pas drôle (le privilège blanc) par le biais d’un jeux de société, qui ne se prête pas vraiment à ça. Habituellement, il s’agit de jeux familiaux, amusants et légers.”, expliquent les deux compères, qui ont l’habitude de miser sur l’humour pour mettre en lumière des sujets de société brûlants. “Nous avons pensé que ce jeu pourrait être efficace pour faire rire les gens, mais aussi pour les faire réfléchir.”, ajoutent-ils.

Créé dans les années 1970 et depuis disparu des radars, Blacks and Whites s’inscrit, dès l’origine, dans une volonté de pointer du doigt les inégalités. “La version originale du jeu était connue comme un outil éducatif, visant à enseigner les privilèges aux gens dès leur plus jeune âge.”, précise l’article.

Le créateur du jeu, le Professeur de psychologie environnementale Robert Sommer, décédé en février dernier, a eu l’idée de concevoir le jeu après une partie de Monopoly avec ses enfants. “Pendant que nous jouions, j’étais frappé par le manque de réalisme du jeu… Au Monopoly, tout le monde démarre la partie avec la même somme d’argent. Ce qui est très loin de la réalité.”, avait-il écrit dans l’avant-propos de cette version retravaillée.

S’il n’existe toujours pas en France, le jeu fera, sans nul doute, des émules dans les foyers américains.

Wired