Une commune belge déboulonne la statue d’un personnage de la colonisation

Le buste du lieutenant-général Emile Storms dans le square de Meeûs à Bruxelles. © CC BY-SA 4.0/EmDee/Wikimedia Commons

La commune d’Ixelles en Belgique a accompli un geste très symbolique, ce jeudi 30 juin. Elle a retiré de l’espace public la statue du lieutenant-général Emile Storms. Ce dernier, chargé par le roi Léopold II de coloniser le Congo au XIXe siècle, avait commis de nombreuses exactions sur place. Il avait notamment renvoyé en Belgique le crâne d’un chef local.

Depuis l’enquête en 2018 d’un journaliste sur les restes humains présents dans les collections du musée de Tervuren, des associations réclamaient le déboulonnage de ce buste d’Emile Storms. Un personnage sulfureux envoyé en 1882 par le roi Léopold II pour conquérir de nouveaux territoires au Congo.

Ce lieutenant-général, très brutal, avait commis dans la région du lac Tanganyika de nombreuses exactions, tranchant notamment la tête d’un chef local, Lusinga Iwa Ngombe, dont il enverra le crâne en Belgique. Un chef à qui il pillera également des centaines d’objets.

« C’est une personnalité vraiment de deuxième, troisième rang, un lieutenant-général qui n’était connu que pour ses actes barbares au service de l’autorité de l’époque, rappelle Christos Doulkeridis, le bourgmestre d’Ixelles, qui a décidé du retrait de cette statue. Et les rapports qui ont été rédigés autour de cette période coloniale, ont explicitement indiqué que maintenir dans l’espace publique une personnalité aussi controversée et secondaire n’avait aucun sens. Et qu’à certains moments, c’est aussi utile de pouvoir retirer dans une logique d’apaisement et dans une logique plus contemporaine. »

Démonté jeudi matin, ce buste va maintenant être exposé dans un musée où un travail de contextualisation devrait être entrepris afin de raconter précisément son histoire.

Le démontage de cette statue s’inscrit-il dans ce changement de regard de la Belgique sur son passé colonial ? Guido Gryssels, le directeur général du musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren en Belgique, estime qu’il y a aujourd’hui une certaine « évolution de la pensée sociétale » sur ce sujet. 

La Belgique a toujours été fière de son passé colonial et utilisait des figures qui avaient joué un rôle dans la colonisation comme des exemples de citoyens modèles. C’est pour ça qu’il y a des centaines et des centaines de statues de personnes qui ont joué un rôle dans le passé colonial. Et on réalise maintenant que ces gens étaient des brutes, ont été violents, responsables de beaucoup de morts. Il y a une évolution de la pensée sociétale, estimant que ces gens ne méritent pas une statue.

RFI