Une exposition nomade pour mieux connaître les gens du voyage

Présentée à Paris puis à Strasbourg, Tarbes et Nantes, l’exposition “Voyageuses, Voyageurs, que veulent-ils ?” vise à présenter au grand public certains de leurs concitoyens victimes de discriminations. La différence et surtout la méconnaissance sont souvent à l’origine de craintes. Grâce à une nouvelle exposition itinérante, le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) souhaite présenter les gens du voyage aux autres Français.

L’objectif visé par cette “rencontre” est de voire reculer les discriminations, dénoncées par plusieurs rapports, dont sont victimes les voyageurs. Intitulée “Voyageuses, Voyageurs, que veulent-ils ?”, elle se compose de 11 panneaux et d’autant de thématiques. “Ils veulent… voyager, choisir leur mode de vie, être reconnus comme citoyens, travailler, que leurs enfants aillent à l’école, rester en bonne santé, la reconnaissance des persécutions de 1940 à 1946, en finir avec le racisme et les discriminations. Ils luttent pour leurs droits”, résume le Mrap dans un communiqué. Une vie toute simple, comme celle de la plupart des Français.

Des “groupes très différenciés”

MANOUCHES

Ce nom désigne en France des groupes que l’on appelle aussi « Sinté » en Allemagne, Suisse, Autriche. Dérivé du sanscrit, le mot romani « manuś » désigne un être humain. De très nombreux Voyageurs en France se définissent comme « manouches ». Le mot dépasse son acception ethnique dans l’expression « jazz manouche » qui désigne un style musical initié par des artistes manouches comme Django Reinhardt mais pratiqué par bien d’autres.

SINTI OU SINTÉ

« Sinté» ou « Sinti », se voit proposer plusieurs étymologies : il viendrait de « Sindh » qui désignait l’Inde. Mais il évoque aussi la proximité avec un mot italien signifiant « ami ». « Sinté » ou « Sinti » renvoie en fait à deux groupes. L’un, au nord de l’Europe (Allemagne, Suisse, Autriche, et France) est reconnu sous ce nom comme minorité nationale en Suisse et parle un dialecte romani influencé par l’allemand et l’alsacien. En France, on préfère utiliser le nom de « Manouches ». L’autre groupe, qui a aussi traversé des régions germanophones, est présent dans plusieurs régions d’Italie. Des Sinti du Piémont ont émigré en France au XIXe s.

ROMS, RROMS

Le mot « Rom » ou « Rrom », dérivé d’un mot sanscrit, est celui que les Roms utilisent en général pour se nommer eux-mêmes. En romani, il a aussi le sens de « homme, mari ». En France, ce nom est utilisé à propos de deux réalités : • Comme nom générique pour désigner un ensemble de populations issues de la migration, au début du XIe s., d’un peuple du nord de l’Inde, que sa progression a amené sur le continent européen dès le XIVe s. Des Roms sont présents dans le monde entier et surtout en Europe de l’Est. Ils partagent une langue (le romani) et une culture, des traditions, qui se sont diversifiées au fil des contacts avec d’autres populations. En ce sens, les Manouches de France, les Gitans d’Espagne, comme les Kalderash de Roumanie, font, parmi d’autres, partie de l’ensemble des Roms. • Comme nom désignant une partie de ces populations, qui vivent surtout à l’Est de l’Europe et, en France, plusieurs vagues de migrations venues de l’Est, depuis le XIXe s., et en particulier de Roumanie. D’autres vagues migratoires ont concerné des populations roms sédentaires (Russie, Yougoslavie,…) que la situation économique de leurs descendants ne distingue pas dans l’espace social. Un usage stigmatisant a restreint l’usage du terme à des migrants récents vivant dans des conditions précaires, qu’ils soient de culture rom ou pas.

YÉNICHES

Ce nom désigne un groupe d’origine européenne présent surtout en Allemagne, en Suisse (où depuis 2016 ils constituent une minorité nationale reconnue aux côtés des Sinti), en France, au Luxembourg et en Belgique. C’est au XVIIe s. qu’ils auraient emprunté un mode de vie itinérant. Les Yéniches ont eux aussi subi les persécutions nazies en tant que nomades. La langue yéniche a fait des emprunts à l’allemand, à l’alsacien, au romani, et au yiddish. Comme les autres Voyageurs, les Yéniches se déplacent en groupes familiaux pour exercer diverses activités économiques, mais circulent de moins en moins. GADJO, GADJI, GADJÉ Vient d’un mot sanscrit qui signifiait « paysan » et désigne, en romani, toute personne qui n’est pas d’origine rom. L’usage de ce mot qui n’est en général pas péjoratif s’est étendu et n’est plus d’un usage strictement ethnique. En dehors des contextes du Voyage et du monde rom, notamment chez des rappeurs, gadjo et gadji sont employés par extension pour désigner un garçon ou une fille.

GITANS

« Gitan » peut avoir un sens générique équivalent à « Tsigane ». Par exemple, le dit « pélerinage des Gitans » aux Saintes-Marie- de-la-Mer rassemble des Voyageurs de toute la France. « Gitan » est parfois employé de façon péjorative. Comme « Gypsy » en anglais, il dérive de « Égyptien », passant par l’espagnol « Gitano ». À la présence ancienne des Gitans en France se sont ajoutées des migrations venues d’Espagne et d’Algérie. Comme ceux de la péninsule ibérique, les Gitans de France sont sédentaires et, parfois, groupés dans certains quartiers des villes, surtout au Sud de la France.

TSIGANES

En grec médiéval, le mot « athinganoi » (intouché), désignait une secte dont les adeptes refusaient d’être touchés. Elle avait disparu à l’arrivée de Roms dans l’empire byzantin mais le mot fut utilisé en Europe pour désigner des personnes appartenant à des groupes au mode de vie itinérant, ou à des minorités sédentaires. En Roumanie, « ţigan » fut longtemps synonyme d’« esclave » et a conservé, même après l’abolition, un caractère péjoratif ressenti dans toute l’Europe de l’Est qui explique qu’il soit souvent rejeté. En France, le mot a été utilisé surtout à partir du XIXe s., à propos de la musique, et il est parfois perçu comme positif. De nombreux Voyageurs l’ont adopté dans leurs interactions avec les gadgé, le présumant bien connu par eux. Si « Tzigane » est retenu par des artistes comme orientalisant, d’autres y entendent un écho du « Zigeuner » de la période nazie et préfèrent l’éviter. Dans la mesure où l’appellation « Tsigane » concerne surtout des personnes d’origine rom, en y associant de façon variable d’autres populations souvent itinérantes (Yéniches en particulier), le terme « antitsiganisme » est plus utilisé que « romaphobie » pour désigner le racisme envers des personnes perçues dans une altérité qui les désigne comme « tsiganes », quelle que soit leur origine réelle.

NOMADES

Le recensement des « Nomades » du 20 mars 1895 s’applique à des individus qui, « quelle que soit leur nationalité, circulent en France sans domicile fixe et ne sont ni commerçants ambulants, ni forains, même s’ils ont des ressources et prétendent exercer une profession ».

GENS DU VOYAGE

Après 1969, la loi définit le statut des « Gens du voyage » dans la continuité de celui des « Nomades ». L’expression s’applique à des groupes. Ce statut est supprimé en 2017, mais elle continue d’être utilisée pour désigner les personnes dont « l’habitat traditionnel est constitué de résidences mobiles» qui ont accès aux aires d’accueil.

ÉGYPTIENS

Un groupe d’une trentaine de personnes à la tête duquel se trouvait un « comte de Petite-Égypte » se présenta à Arras en octobre 1421. La localisation de la « Petite Égypte » fait l’objet d’hypothèses diverses : une région portant ce nom en Grèce actuelle ? une assimilation avec le nom d’une minorité présente dans les Balkans ? un rappel d’un premier contact lors des Croisades, au Proche-Orient dominé par les Fatimides d’Égypte ? Ce qui est certain est qu’ils ne venaient pas des rives du Nil, même si des récits mythiques instaurent une relation entre Roms et Pharaons. Ce nom a été employé en France jusqu’au XIXe s., on le rencontre chez Molière et Victor Hugo.

BOHÉMIENS

Des groupes qui circulaient dans les régions de France disposaient de saufs-conduits établis par Sigismond Ier de Luxembourg, roi de Bohème (1387-1437), ce qui leur valut le nom de Bohémiens. Le nom désigne encore des vagabonds ou des personnes vivant de façon non conformiste (la vie de Bohème), souvent sans caractère péjoratif.

ROMANICHELS

En romani, « rromani ćel » signifie « peuple rom ». Cette désignation utilisée au XIXe et au début du XXe s. a pris un sens très péjoratif.

FORAINS

Les forains représentent une partie des Voyageurs qui exercent leurs activités lors de marchés, fêtes foraines, ou autres manifestations. La loi de 1912 instituait trois types de carnets : pour les marchands ambulants, les forains et les nomades. Celui des forains fut remplacé en 1969 par un « livret spécial de circulation pour les personnes exerçant une activité ou profession ambulante ». La différence entre forains et autres Voyageurs est toute administrative et les familles passent d’une activité dite foraine à l’autre.

CIRCASSIENS

Les professionnels du cirque se donnent ce nom, même si aucune étymologie ne le justifie. Les nombreux cirques itinérants, familiaux, qui animaient la vie des villages de France sont maintenant moins nombreux, et rencontrent de plus en plus de difficultés pour s’installer. […]

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