Une exposition sur les rapports complexes entre « juifs et musulmans, de la France coloniale à nos jours »

L’exposition « Juifs et musulmans, de la France coloniale à nos jours. Plus d’histoire, moins de clichés » débutera mardi 5 avril au Musée de l’histoire de l’immigration, à Paris. © Crédit photo : EMMANUEL DUNAND/AFP

Une exposition à Paris (75) apporte un regard historique et nuancé sur un siècle et demi de relations complexes et sensibles entre les communautés juives et musulmanes, avec pour objectif d’abattre les clichés.

Cela n’a « jamais été montré ». « C’est la première fois qu’on tente cette aventure intellectuelle difficile, celle de l’histoire des rapports entre juifs et musulmans », qui a « une très grande longévité », affirme l’historien Benjamin Stora, commissaire général. L’exposition « Juifs et musulmans, de la France coloniale à nos jours. Plus d’histoire, moins de clichés », ouvre mardi 4 avril et se tiendra jusqu’au 17 juillet au Musée de l’histoire de l’immigration. L’exposition « met l’accent pas simplement sur les affrontements mais sur les possibilités de transmission d’une mémoire commune, sans naïveté », souligne l’historien, avec pour objectif « d’essayer de dresser et conserver des passerelles ».

Les grandes périodes de la relation judéo-musulmane

Ce projet, en outre, « prolonge » l’exposition « Juifs d’Orient, une histoire plurimillénaire » qui vient de se terminer à l’Institut du monde arabe (IMA), avec « une dimension complémentaire » liée à « l’histoire politique, culturelle, sociale de la France », ajoute Mathias Dreyfuss, historien, commissaire exécutif. Proposant des tirages photos, affiches, archives vidéos de l’Institut national de l’audiovisuel (INA), extraits de films, quelques tableaux de peinture, le parcours mène le visiteur à travers trois grandes périodes.

D’abord, de 1830 à 1914, avec l’arrivée de la France en Algérie (1830), puis en Tunisie (1881) et au Maroc (1912). Puis la période de l’entre-deux-guerres, le régime de Vichy, la guerre d’Algérie et la décolonisation au Maroc et Tunisie. Et enfin, des années 1967 à nos jours, mais cette fois sur le territoire de la France métropolitaine, avec l’installation de grandes communautés juives et musulmanes qui sont aujourd’hui, en nombre, les deux plus importantes d’Europe. On voit aussi combien, à partir de 1967 et la guerre des Six-Jours, le conflit israélo-palestinien devient « ce qui cristallise les relations entre juifs et musulmans en France », explique Mathias Dreyfuss, et ce jusqu’à aujourd’hui.

Interroger sur le racisme

L’exposition montre aussi les interactions entre juifs et musulmans sur la scène musicale et dans le domaine de la peinture à certaines époques (principalement dans l’entre-deux-guerres), ou encore le soutien (minoritaire) de familles juives engagées du côté algérien durant la guerre d’indépendance. Elle plonge le visiteur dans l’ambiance orientale du quartier de Belleville à Paris dans les années 1970, qui inspira des réalisateurs de cinéma. Elle l’interroge sur le racisme anti-musulman et l’antisémitisme contemporain depuis la seconde Intifada, et le laisse avec ces portraits d’adolescents – musulmans, juifs, chrétiens, athées – d’un même collège de Sarcelles (Val d’Oise), réalisés en 2021 par la vidéaste Valérie Mréjen.

Les prêts d’œuvres et objets pour cette exposition émanent principalement d’institutions nationales. À la différence de la précédente exposition « Juifs d’Orient », qui avait bénéficié de prêts d’institutions israéliennes, suscitant une polémique.

Sud Ouest