Une liste communautaire musulmane vise 50 circonscriptions aux élections législatives

Il y a cinq ans, l’Union des démocrates musulmans français n’était présente que dans dix circonscriptions. En visant plus large, l’objectif du parti communautariste est de décrocher des subventions publiques et de «pérenniser le mouvement».

L’UDMF annonce la couleur. Le 3 mai dernier, l’Union des démocrates musulmans français a révélé son tract de campagne pour les élections législatives, sur laquelle apparaît le visage d’une femme portant un hidjab. C’est sous cette affiche que le parti politique, fondé en 2012 par Nagib Azergui, présentera une centaine de candidats les 12 et 19 juin prochain. Sans surprise, c’est en Île-de-France (48 candidats) et en Auvergne-Rhône-Alpes (16 candidats), régions où se concentre le plus la population musulmane, que l’UDMF compte capter le vote communautaire.

Jamais le mouvement, qui entend «endiguer les discriminations et inégalités qui touchent spécifiquement les citoyens de confession musulmane», n’avait investi autant de candidats. En comparaison, l’UDMF n’était présent que dans dix circonscriptions lors des dernières législatives. Le parti musulman n’en est pas à son coup d’essai: il s’était également présenté aux élections européennes en 2019, aux municipales en 2020 et aux régionales l’année suivante.

L’objectif pour les législatives est d’atteindre des scores dans au moins 50 circonscriptions pour décrocher des subventions publiques et «pérenniser le mouvement», selon son président et ex-candidat à la présidentielle, Nagib Azergui. Aux régionales, le parti avait déjà atteint 1 % des suffrages sur 57 circonscriptions législatives, affirme l’ingénieur en télécommunication.

«La misère et l’amertume»

Si l’UDMF entend «combattre les idées xénophobes» et tourner le dos à «la gauche caviar et son extrême», qui «se sont toujours gavés de l’électorat précaire des cités HLM enlisé dans la misère et l’amertume», nombre d’élus, notamment à droite, s’inquiètent face à la poussée électorale du vote communautariste. Gérard Larcher, président du Sénat, estime d’ailleurs que ce phénomène impose à l’État de «ne plus reculer».

Dans son programme, Nagib Azergui souhaite «que les élus soient payés au smic», que «les mêmes budgets» soient alloués dans les quartiers populaires que dans les quartiers «résidentiels», et qu’une personne soit «missionnée à l’Assemblée nationale pour lutter contre l’islamophobie». Il refuse que le programme de son parti soit réduit «à la construction de mosquées et (au) développement de la viande halal». Le président se défend d’être à la tête d’un parti communautariste et prétend lutter contre des problèmes «purement politiques», et non «confessionnels». Pourtant, son parti est régulièrement accusé de faire le jeu de l’islamisme. Le mouvement a défendu le port du voile intégral dans l’espace public. «Un État qui interdit à une femme en niqab de circuler n’est pas digne de s’appeler un État démocratique et encore moins laïc», pouvait-on lire sur le site internet du mouvement à son lancement en 2012.

Depuis, cette mention a disparu du programme et Nagib Azergui juge le niqab «sectaire» et «très rigoriste». Mais, en novembre, le président de l’UDMF a déploré «la dissolution d’associations aux prétextes fallacieux» alors que le gouvernement avait décidé la fermeture des deux associations musulmanes, CCIF et BarakaCity, pour cause de «propagande islamiste».

Le Figaro