Une révolte de marins bretons à l’origine de l’adoption du drapeau tricolore

Avant d’être un drapeau national, les trois couleurs bleu, blanc, rouge de la France sont représentées pour la première fois sur un étendard officiel en 1790. Il s’agit alors d’un pavillon maritime réclamé par des marins bretons qui s’étaient mutinés.

Vous savez probablement que le drapeau tricolore apparaît durant la Révolution française. Mais savez-vous qu’il est né suite à une révolte de marins bretons ?

C’est une mutinerie de marins dans le port de Brest qui conduit l’Assemblée à adopter le bleu, blanc, rouge comme pavillon unique de la marine française, puis plus tard comme le premier drapeau national.

Avant 1789, chaque troupe, chaque maison a son propre étendard. Avec la Révolution française, un trio de couleurs s’impose dans les habits des insurgés, et leurs cocardes.

Comme l’explique l’historien Michel Pastoureau au micro de France Culture en 1994, “on a longtemps raconté que, soit La Fayette, soit Bailly, le maire de Paris, avaient créé cette cocarde en associant la couleur du roi, le blanc, avec les couleurs de la ville de Paris, le rouge et le et bleu. Je crois qu’il faut rechercher plus en amont de la Révolution française, et regarder du côté des habitudes chromatiques de la famille des Bourbons et du côté de la Révolution américaine… Le bleu, le blanc et le rouge sont les couleurs de la révolution en marche dans les années 1770, au nouveau monde…”

Septembre 1790, il règne à Brest un parfum de révolte générale alimentée par plusieurs événements. Les ouvriers de l’arsenal se mettent en grève pour réclamer le paiement de leur salaire. Les velléités régionalistes bretonnes s’expriment vis-à-vis de Paris.

Patrick Villiers, historien de la marine : “En 1789, on est Breton avant d’être Français, Provençal avant d’être Français, Rochefortais avant d’être Français, etc. Ce sont les guerres révolutionnaires qui vont figer l’élément national.”

Les raisons de la colère

A cela s’ajoute la défiance des matelots, d’origine populaire envers leurs officiers, souvent d’origine aristocrate. La présence d’un navire en provenance de Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti), Le Léopard, sème un peu plus la discorde. 

L’île est alors en proie à une insurrection et le navire qui trouve refuge dans le port de Brest est rempli de colons révolutionnaires chassés par le gouverneur de la colonie. Ce sont ces colons qui vont attiser les braises de la colère et inciter les équipages des autres navires amarrés à la révolte.

Les actes d’insubordination se transforment bientôt en mutinerie aux cris de “les aristocrates à la lanterne”, “vive la nation”.  

Les marins s’organisent et portent leurs doléances à l’hôtel de ville. Parmi leurs revendications, le refus d’arborer sur leur bateau, le pavillon blanc, associé à l’Ancien régime. Les marins veulent un nouveau pavillon, aux nouvelles couleurs nationales, bleu, blanc, rouge.

La mutinerie inquiète le pouvoir, en raison de l’importance stratégique du port militaire de Brest et les “troubles de Brest” sont discutés à l’Assemblée. Le remplacement du pavillon blanc par un pavillon tricolore apparaît comme un moyen de calmer la révolte et suscite de vifs échanges entre députés.

Le marquis de Foucauld Lardimalie considère qu’abandonner le pavillon blanc serait un blasphème et un reniement de la gloire de la marine française comme il l’exprime avec une pointe de mépris : “Laissez à des enfants ce nouveau hochet de trois couleurs.”

Finalement le député Mirabeau convainc l’Assemblée d’adopter un pavillon tricolore le 24 octobre 1790, comme signe de “la sainte confraternité des amis de la liberté”.

Pourtant le nouveau pavillon n’est qu’un compromis, entre héritage monarchique et idéaux révolutionnaires. 

Ce n’est pas encore le bleu-blanc-rouge qu’on connaît… Il n’est qu’un quartier incrusté sur le pavillon blanc. Et il est rouge, blanc et bleu, dans cet ordre-là. Les couleurs sont disposées de manière verticale pour éviter la confusion avec le pavillon hollandais.

Une harmonisation des usages vers un drapeau unique

A partir de 1791, les troupes terrestres vont progressivement copier le pavillon et adopter les trois couleurs sur leurs bannières… mais pas toujours disposées de la même manière.

La bannière change une dernière fois en 1794, quelques mois après l’exécution de Louis XVI. Le fond blanc associé au monarque disparaît. L’ordre des couleurs change pour donner bleu, blanc et rouge.

Ce qui fut un pavillon maritime puis un drapeau des troupes révolutionnaires devient finalement un drapeau national unique sous Napoléon.

Il est resté inchangé depuis, hormis un changement de nuance du bleu en 1976, pour s’accorder au bleu plus clair du drapeau européen. Une décision sur laquelle revient Emmanuel Macron en 2021.

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