Ussat (09) : Confinés pour la science, ils ressortent de la grotte de Lombrives après 40 jours

Les 40 jours de confinement volontaire en ont paru durer plutôt 30 aux cobayes de Christian Clot

Les 15 membres d’une mission volontairement confinés dans une grotte des Pyrénées pendant 40 jours ont retrouvé samedi la lumière du jour. Ils ont relaté leur vécu, marqué par la désynchronisation du sommeil, mais aussi par “l’émerveillement” face à cet environnement. Éblouis par le soleil, lunettes de soleil sur le nez, les membres de l’expédition Deep Time ont repris contact avec le monde extérieur, leurs visages un peu pâles mais visiblement en forme.

Sans montre, téléphone ni lumière naturelle, les 15 volontaires, avec à leur tête l’explorateur franco-suisse Christian Clot, ont dû s’habituer aux 10,5 degrés et 100 % d’humidité de la grotte de Lombrives, en Ariège, générer leur propre électricité par un système de pédalo et puiser l’eau à 45 mètres de profondeur.

L’impact de l’humidité

“L’humidité est très impactante. On a vu au fur et à mesure du temps et des fatigues, les besoins de nourriture augmenter”, a déclaré Christian Clot, qui a longuement pris la parole devant la presse. Les autres participants ont notamment souligné qu’ils avaient l’impression que beaucoup moins de temps s’était écoulé lorsqu’ils ont été prévenus que la période de 40 jours était finie.

“C’était un vrai choc. Je croyais qu’il restait cinq ou six jours encore”, a déclaré Emilie Kim-Foo, une infirmière de 29 ans qui faisait partie du groupe.

Pas de repères temporels

Au cours de l’expérience, les participants ont aussi constaté une grande disparité concernant les cycles de sommeil. Ainsi, lorsque certaines personnes se levaient, d’autres se couchaient. “On n’avait pas de repères temporels“, a expliqué Tiphaine Vuarier, une psychomotricienne de 32 ans. “On a probablement plus dormi certaines nuits et moins d’autres“, a précisé Marie-Caroline Lagache, une bijoutière de 50 ans. D’habitude, “je ne me souviens pas de mes rêves. J’ai eu une bonne surprise. Je me souviens de quelques rêves dans la grotte“, a raconté Arnaud Burel, un biologiste de 29 ans.

Homme debout devant une entrée de grotte. [photocosma - depositphotos]

Retour à la réalité

Affirmant qu’il venait d’apprendre qu’il y avait “un nouveau confinement en France”, M. Clot, fondateur du Human Adaptation Institute, a aussi parlé de “replongée dans la réalité”, notant que l’absence de masque dans la grotte avait constitué “une forme de liberté intéressante“. Toujours selon l’explorateur franco-suisse, Deep Time vise à étudier nos capacités d’adaptation à la perte de repères spatio-temporels, une question soulevée notamment avec la crise sanitaire.

C’est terminé, la mission Deep Time prend fin. L’aventure des 15 volontaires, qui a débuté le 14 mars, se termine ce samedi 24 avril.  Ils sont tous  sortis de la grotte de Lombrives, en Ariège, après 40 jours confinés sous terre. Les “deeptimers” ont eu 36 heures pour se préparer à la sortie.

Cette expérience, une première du genre, avait pour objectif d’analyser l’adaptation humaine au confinement extrême et à l’absence de repères temporels. Les confinés, sept femmes et sept hommes de la société civile, conduits par l’explorateur et chercheur Christian Clot, ont vécu au rythme de leurs cycles d’éveil et de sommeil. Des rythmes différents pour chacun d’entre eux. Les scientifiques pourront étudier  et comprendre comment le cerveau s’est adapté, mais aussi comment un groupe d’individus est arrivé à s’organiser en dehors de tout repère temporel.

Le groupe hétéroclite, constitué d’une bijoutière, d’un médecin ou d’un professeur de mathématiques, a transmis régulièrement des informations sur son quotidien via les réseaux sociaux et mené des expériences scientifiques précises. Les recherches effectuées concernent aussi bien les émotions que la génétique, le sommeil, les sens ou le rythme cardiaque.

“Les cycles du sommeil décalés”

Christian Clot a eu l’idée de cette expérience après le premier confinement, estimant que nous avions perdu 40% de nos repères spatio-temporels. Il a déposé ses podcasts dans le sas, qui se situe à 500 m du campement. “Au départ, on avait pensé qu’il ferait 12 °C dans la grotte avec un taux d’humidité de 95 %, annonce Jérémy Roumian, directeur des opérations au sein du Human adaptation institute fondé par Christian Clot en 2015. Mais nous apprenons qu’il fait 10 °C et que l’humidité est de 100 %.”

Sans lumière et sans repère horaire, les 15 confinés volontaires ont tous vécu une modification de leur sommeil. “Les cycles du sommeil sont décalés. On va se coucher quand on est fatigué, on mange quand on a faim. On essaie de garder notre propre cycle. On se croise beaucoup mais on ne se voit pas beaucoup”, raconte Christian Clot

RTS