Utiliser le terme Noir, est-ce du racisme?

Le championnat suisse de football a commencé sous de tristes auspices versant racisme, puisque lors de la quatrième ronde, à Saint-Gall, le gardien du FC Sion, Timothy Fayulu, a été victime d’insultes liées à sa couleur de peau. Certains lecteurs se sont interrogés sur le traitement de cet événement par les titres de Tamedia: le raconter dans les détails ne risque-t-il pas de pousser d’autres fans de foot à reprendre les termes incriminés? Le médiateur estime qu’il est nécessaire de restituer ces faits précisément; aussi pour mieux les dénoncer.

Mais, parfois, nos titres sont eux-mêmes mis en cause pour leur vocabulaire sur cette thématique. Ce printemps, le médiateur a été saisi par une association suisse des Africains subsahariens – l’Afrique au sud du Maghreb – qui dénonçait un «abus de langage» et envisageait de saisir la Cour européenne des droits de l’homme pour se faire entendre. A l’origine, une dépêche de l’AFP reprises sur plusieurs sites en lui gardant son intitulé initial: «Manifestations à Minneapolis après la mort d’un jeune noir». Cette association, basée au Tessin, reproche à nos médias de faire «une référence incongrue à la couleur de la peau comme signe identifiant et distinctif», suggérant plutôt les termes afro-américain ou afro… suivi d’une autre origine.

Cette controverse n’est pas nouvelle et, en France ou en Belgique notamment, des ombudsmans ont été amenés à en débattre largement l’an dernier après la mort à Minneapolis de George Floyd, cet homme noir asphyxié par un policier blanc.Le médiateur utilise ici sciemment ces mots – «noir» et «blanc» – dans la mesure où ils ne sont pas «incongrus», mais se justifient pour comprendre les enjeux de ce sinistre événement. Cette explication nécessite toutefois quelques compléments. Il en irait évidemment autrement s’il s’agissait d’indiquer le couleur de la peau au risque de discriminer à la légère toute une communauté. Principe qui prévaut d’ailleurs également lors de la désignation de l’appartenance nationale, ethnique, religieuse, voire sexuelle.

A relever aussi que la connotation – pour ne pas dire la coloration – des termes évolue au fil des décennies. Ainsi, jusque dans les années 1960, Martin Luther King préférait parler de «Negro» plutôt que de «Black», vocable estimé alors agressif, donc gênant dans son combat pacifique. A la même époque, c’est Malcom X qui a ressuscité et popularisé l’expression «Afro-Américain». On ne saurait en faire une norme logique ici aujourd’hui. Il n’y a qu’à imaginer la réaction des Antillais s’ils se voyaient qualifiés d’«Afro-Français»…

Retour à Saint-Gall pour le mot de la fin. On l’emprunte à Serey Dye, joueur ivoirien du FC Sion à l’âme de capitaine. A l’heure des interviews télévisés post-match, il s’est précipité, en colère, vers un joueur de l’équipe adverse: «Nous, on est fiers d’être Noirs!» Ca claquait bien ainsi; sans doute mieux qu’«Afro-Sédunois».

Tribune de Genève