Vannes (56) : Sa sœur est bloquée en Afghanistan, Kader se démène pour la faire venir en France, « Si elle reste au pays, ce sera la mort ou elle deviendra une esclave sexuelle »

Depuis le 15 août et l’arrivée des talibans au pouvoir en Afghanistan, Kader vit avec la boule au ventre. Il a peur de ne plus jamais revoir sa sœur, journaliste, bloquée à Kaboul.

De Vannes (Morbihan) où il réside depuis quelques années, Kader est rongé par l’inquiétude depuis le dimanche 15 août 2021 et l’arrivée des talibans au pouvoir en Afghanistan. À 8.000 km du Golfe du Morbihan, la vie de sa sœur est en danger. Et aucune solution n’a, pour l’heure, été trouvée pour la rapatrier en France.

Âgée de 25 ans, Nazdana (son nom a été changé pour des raisons de sécurité) doit se débrouiller seule, loin de sa famille, avec un objectif en tête : rester en vie. « Elle était journaliste depuis quelques années pour Moqawemat, un journal lié à l’ancien gouvernement « , rembobine son frère, arrivé en France en 2006, avant de poursuivre.

Elle a notamment signé plusieurs articles qui poitent du doigt les actions menées par les talibans.

« La cible parfaite »

Si ses articles sont encore visibles sur internet, « les talibans peuvent accéder assez facilement aux archives restées dans son bureau », explique son frère. Celle qui est « la cible parfaite » a donc de quoi craindre des représailles. D’autant plus que des journalistes ont déjà été tués par des talibans.

D’ethnie Hazâra, Nazdana se cache chez des amis à Kaboul afin de ne pas être repérée. « Pour sa propre sécurité, elle change de lieu tous les jours. Mais je peux l’assurer, elle va bien », rapporte son frère. Mais aujourd’hui, trouver des planques devient de plus en plus compliqué.

La situation étant trop dangereuse, ceux qui voulaient bien l’accueillir ne le veulent plus.”

« La mort ou devenir une esclave sexuelle »

Face au risque de mort qu’elle encourt ou « de devenir une esclave sexuelle », son frère se démène pour réussir à la faire venir en France. « Jusqu’à présent, elle ne voulait pas quitter l’Afghanistan, mais depuis que la situation s’est dégradée, elle le souhaite », précise-t-il.

A quelques heures de la fin du pont aérien entre Kaboul et la France, l’inquiétude se fait ressentir. « Depuis plusieurs jours, je ne dors plus de la nuit », avoue Kader. Et chercher de l’aide à droite et à gauche n’est pas sans l’épuiser.

J’ai contacté la cellule de crise, mais je n’ai pas eu de retour positif. Même chose avec les ambassades. Ma sœur n’est pas prioritaire pour être évacuée.

À défaut d’entendre du positif de la part des autorités, Kader a été jusqu’à alerter le syndicat des journalistes pour faire inscrire Nazdana au fichier des personnes à évacuer. Mais de ce côté-là, rien ne bouge non plus alors que le pont aérien doit prendre fin ce jeudi 26 août 2021.

Rejoindre la province, une solution trop compliquée

À 8.000 km de l’Afghanistan, Kader a bien pensé demander à sa sœur de rejoindre Ghazni où réside sa mère, mais là aussi, il s’avère que c’est compliqué, voire impossible. « Entre Kaboul et la province, nombreux sont les points de contrôle tenus par les talibans », fait-il savoir avec sa voix fatiguée.

Plus les jours passent, moins il voit de solution pour permettre à sa sœur de prendre la fuite. Mais une chose est sûre, il ne veut rien lâcher et garde en lui l’espoir de revoir celle qu’il a aidé financièrement pour qu’elle puisse faire des études.

Je comprends que rapatrier des personnes peut être compliqué, mais il y a des priorités. Des vies sont en jeux.

Kader se dit prêt à lui faire prendre le risque de rejoindre l’aéroport de Kaboul pour rejoindre la France. Mais pour cela, il veut la certitude qu’elle soit inscrite sur la liste des personnes à évacuer.

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