Variole du singe et gay pride : Les autorités marchent sur un fil face à “un risque majeur touchant majoritairement les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes”

Ce virus touche pour l’instant surtout des personnes bi ou homosexuelles. Le mois de juin et ses rassemblements LGBTQI+ inquiètent les infectiologues, qui cherchent à prévenir sans stigmatiser.

La variole du singe n’est ni une maladie sexuellement transmissible, ni une maladie gay, encore moins une maladie spécifiquement africaine. Ce virus peut toucher n’importe qui : il se transmet par contact avec les lésions cutanées ou les muqueuses d’un malade, par les gouttelettes (salive, éternuement) et via des objets contaminés (literie, vaisselle…).

Par un enchaînement d’événements mystérieux – un “hasard épidémiologique” disent les infectiologues – il a réussi à trouver un chemin pour se diffuser hors d’Afrique de l’Ouest, où il est endémique. Et ce chemin est passé par la communauté gay. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les patients infectés jusqu’ici sont en effet “majoritairement, mais pas exclusivement, des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes”. 

Dans ce contexte, la multiplication des Marches des fiertés en juin inquiète les spécialistes : “Il y a un vrai risque de voir l’épidémie se répandre lors de rassemblements amplificateurs, puis de déborder dans la communauté hétérosexuelle”, alerte le Pr Eric Caumes, infectiologue à l’Hôtel-Dieu (AP-HP) à Paris. Déjà, trois foyers de contamination semblent avoir contribué, en mai, à sa propagation en Europe : une gay pride aux Iles Canaries, un sauna madrilène et un festival gay en Belgique. 

“Ne pas donner les informations complètes, c’est infantilisant”

Plusieurs pays, y compris la France, ont pourtant refusé de communiquer des données précises sur les orientations sexuelles des personnes infectées. De peur, bien sûr, de déclencher des réactions homophobes. “C’est une question délicate. Si un agent pathogène est assimilé à une communauté, on fait passer un message erroné à la population générale qui va se sentir, à tort, protégée”, approuve le Pr Gilles Pialoux, chef du service d’infectiologie de l’Hôpital Tenon (AP-HP) à Paris (et chroniqueur à L’Express). Sans compter un “effet loupe” : “Il peut y avoir plus de cas dans cette population car on les cherche plus. Pour l’instant, il est difficile de faire la part des choses”, poursuit l’infectiologue. 

En même temps, il faut bien alerter : “Ne pas donner les informations complètes, c’est infantilisant. Il est difficile de travailler avec les personnes les plus à risque si elles ne se sentent pas concernées”, constate Camille Spire, présidente de l’association Aides. Prévenir sans stigmatiser : les autorités sanitaires marchent sur un fil. “Il faut s’adresser d’une part au grand public et d’autre part aux populations les plus touchées pour l’instant”, souligne Gilles Pialoux.  

Dès l’apparition des premiers cas, la direction générale de la Santé a contacté les associations spécialisées : “Il s’agissait d’écouter ce que nous avions à dire en termes de prévention ciblée. Des flyers seront distribués dans les gay prides, les centres de santé restent en alerte, et des communications sont prévues dans les bars et sur les sites de rencontre”, détaille Camille Spire. L’objectif : informer pour pousser à s’auto-examiner, à consulter en cas de symptômes et à s’isoler, jusqu’à trois semaines si nécessaire. Des démarches pas forcément évidentes à engager, a fortiori lorsque les personnes touchées se sentent pointées du doigt. D’où la grande prudence des autorités.  

Le traçage des cas, une question délicate

En France, le recensement des malades s’annonce d’autant plus complexe que le ministère de la Santé a choisi de demander aux malades d’appeler le 15 pour être orientés vers des centres de référence. “Ce modèle n’a pas fonctionné avec le Covid. On refait les mêmes erreurs. Qui va appeler le 15 pour de la fièvre et des boutons ? Ce sont les médecins de ville qui vont voir les patients : il faut avant tout informer les généralistes, les dermatologues, les gynécologues…”, s’agace Gilles Pialoux.  

L’Express