“Verbalise-moi si tu peux !” : Comment les dealers passent entre les mailles du filet de l’amende anti-cannabis de Darmanin

Annoncée pour dissuader la consommation illégale de cannabis, l’amende forfaitaire délictuelle ne rencontre pas le succès escompté. Les consommateurs resquillent les contrôles. Sur le terrain, malgré la mise en place de cette amende, les policiers font face à une véritable économie souterraine. Décryptage d’un fiasco politico-judiciaire.

« Le trafiquant de drogue doit aller en prison, et le consommateur doit connaître une sanction. Cette sanction est une amende importante qui sera mise par les forces de l’ordre, lorsque vous aurez sur vous une barrette de shit ou un gramme de cocaïne. Et ce sera vrai dans les quartiers de Créteil comme dans le XVIe arrondissement de Paris. » Le ton est martial. Cet été, en tournée d’inspection dans les commissariats du Val-de-Marne, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin ne mâche pas ses mots. L’Eliott Ness du gouvernement part en guerre contre les trafiquants de drogue. Une guerre qu’il assume contre ce qu’il estime être une « merde » pour la société.

Depuis son arrivée au ministère de l’Intérieur, en juillet 2020, Gérald Darmanin a fait de la lutte contre les trafics de stupéfiants la priorité de son exercice. Avant lui, son mentor en politique, Nicolas Sarkozy s’était déjà attaqué à ce problème. L’ancien ministre de l’Intérieur prônait la « tolérance zéro » contre la consommation illégale de drogues. Lors de son passage à Beauvau, en 2003, Sarkozy avait notamment renforcé les prérogatives répressives de la loi Mazeaud de 1970, en durcissant les sanctions à l’égard des consommateurs.

Sur cette thématique des stupéfiants, Darmanin assume son discours répressif. « Faire plier ceux qui veulent faire plier la République (…) Cette technique consiste à tuer tout trafic de drogue », lançait-il, en juillet dernier, lors d’une visite à Nice au côté du Premier ministre. Son argumentaire n’est pas s’en rappeler celui de Brice Hortefeux. Ministre de l’Intérieur entre 2009 et 2011, il avait eu recours à cette même technique pour justifier sa « politique du chiffre » contre les trafiquants. Darmanin creuse ainsi le sillon Sarkoziste de son mandat ministériel.

Cette amende concilie la position régalienne de l’État et l’application de la sanction de son discours (…) Pourtant, un décalage existe entre cette volonté politique affichée et la réalité du terrain vécue par les policiers.

« Tant que ce trafic sera là, je ne m’arrêterai pas de faire la tournée des commissariats. » En août dernier, lors de ses passages dans les commissariats du Val-de-Marne, le Premier flic de France annonce la mise en place de l’amende forfaitaire délictuelle (AFD). Brandie telle une sainte relique pour dissuader les trafics, cette amende visera selon lui à « montrer que ce sont les trafiquants de drogue qui vont arrêter de dormir, et qui vont laisser dormir les honnêtes gens. »

Cette amende renforce la légitimité régalienne de l’État dans les territoires perdus de la République. L’application de la sanction est le discours prôné par le ministre de l’Intérieur. Cette teneur sécuritaire est l’angle choisi par Gérald Darmanin. Il y a une volonté d’action immédiate contre les trafics de stupéfiants. Par le passé, le ministère de l’Intérieur suscitait beaucoup de critiques dans sa gestion des trafiquants. […]

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