Vers une pénurie de lait en France

La filière laitière s’inquiète d’une nouvelle baisse de collecte en 2022. Syndilait redoute un emballement des départs d’éleveurs « écœurés ». Les ajustements de prix sont très inférieurs à la flambée des coûts. La tentation est réelle de délaisser le lait pour les céréales portées par l’inflation.

Le nombre d’exploitations laitières en France (62.000 en 2021) est en baisse constante, selon FranceAgrimer. Le recul est en moyenne de 1,5 % par an.

La France, puissance laitière mondiale, pourrait-elle bientôt manquer de lait ? L’inquiétude plane autant du côté des industriels que des producteurs. Ce que les professionnels appellent la « déprise laitière » revient en boucle dans les sphères concernées.

Nous allons avoir des réveils difficiles », prédit Eric Forin, le président de Syndilait. « Le prix du lait a augmenté de 1,5 % quand il faudrait une hausse de 20 % pour effacer l’inflation de l’électricité, du carton, du plastique, du transport », estime Emmanuel Vasseneix, vice-président de Syndilait et patron de LSDH (Laiterie-Saint-Denis-de-l’Hôtel).

Découragement

Dans ce décor, le découragement des éleveurs est palpable. Les arbitrages en faveur des cultures – dont les prix flambent depuis la crise russe -, se multiplient au détriment du métier d’éleveur nettement plus contraignant. En cause, « une renégociation des tarifs avec les entreprises, qui ne progresse pas. Les distributeurs n’ont pas pris la mesure du très grand danger encouru par la filière, déplore Emmanuel Vasseneix. Le gouvernement parle de relocalisation des usines. C’est le contraire qui se passe. »

La sécheresse annoncée pour 2022 va aggraver le problème. Elle va réduire la production de fourrage et peser sur le rendement laitier des vaches. L’arrêt brutal de l’engouement pour le lait bio, surtout perceptible en dehors des grandes villes, est très mal vécu par les producteurs, qui y avaient vu une bouée de sauvetage après les deux années de crise 2015 et 2016.

Même son de cloche du côté de FranceAgrimer. « Le nombre d’exploitations est en baisse constante. La filière connaît des difficultés structurelles et conjoncturelles depuis la fin de quotas et en raison de la volatilité de la conjoncture ».

Pour l’établissement public, « la compétitivité et la durabilité des exploitations sont au centre des préoccupations ». La France a conservé des fermes de petite taille (75 vaches en moyenne). Un modèle familial qui a la faveur des consommateurs. Mais les performances économiques ne suivent pas toujours.

Lait français

Pourtant, le lait consommé en France est une des rares denrées agricoles produites à quasi 100 % sur le territoire national. Après un pic exceptionnel de +5 % en 2020  lié au confinement et au retour du « fait chez soi », la consommation est retombée en dessous du niveau d’avant-crise, recommençant à baisser comme elle le fait depuis dix ans. A 2,84 milliards de litres en 2021, soit 43 litres par tête par an, elle a reculé de 2,5 % par rapport à 2019. Le chiffre d’affaires ressort en légère hausse pour l’an dernier – de 1,2 % -, à 2,27 milliards d’euros par rapport à l’avant-crise, selon l’interprofession (CNIEL) et le panel IRI.

A la différence de l’Europe du Nord, qui consomme encore beaucoup de lait frais et pasteurisé, en France, le lait UHT rafle la quasi-totalité de la mise avec plus de 96 % des volumes vendus par les enseignes. Le lait standard demi écrémé (60 % de la consommation) diminue (- 2,8 % en deux ans), mais pas le lait entier (5 % du total UHT) – stable grâce aux utilisations culinaires (pâtisserie, yaourts, crêpes, sauces). Les laits aromatisés continuent de progresser (+12,5 %), le lait pour enfants aussi (+11 %). Les laits dits « équitables » ou « responsables », qui rémunèrent mieux les producteurs, gagnent des parts de marché. Ils totalisent près de 15 % des ventes.

Les Echos