Vesoul (70) : L’Ivoirien Yacouba Bamba a trois semaines pour quitter le territoire français et retourner chez lui au Mali

Depuis le 19 octobre dernier, Yacouba Bamba est en possession d’une obligation de quitter le territoire français. Il a trente jours pour rejoindre son pays d’origine. Le jeune homme disposait pourtant d’une promesse d’embauche en CDI et avait œuvré bénévolement, depuis deux ans, à Vesoul.

En France, on entend chaque jour que les employeurs n’arrivent pas à recruter. Là, il ne prend le boulot de personne. C’est du gâchis », se désole Anne-Sophie. « Je n’ai plus de famille là-bas. Pour moi, c’est impossible d’y retourner », s’inquiète Yacouba Bamba qui dit même craindre pour sa vie.

Lors de notre première rencontre, en août dernier, c’est un jeune homme souriant et plein d’espoir qui était venu raconter son parcours. Originaire de Côte d’Ivoire et entré illégalement en France depuis deux ans et demi, Yacouba Bamba ne rêvait que d’une chose : pouvoir rester sur le sol français et y travailler. Une promesse d’embauche, faite par un employeur vésulien, lui ouvrait une belle perspective.

« Il n’a pas pu justifier avoir travaillé »

Deux mois plus tard, le regard est triste et la mine grave. Yacouba Bamba s’est rendu, le 19 octobre, à la préfecture de la Haute-Saône. Avec son dossier, garni de lettres de recommandation, il espérait enfin obtenir le précieux sésame qui l’autoriserait à travailler. On lui avait auparavant expliqué qu’il devait se rendre au consulat français en Côte d’Ivoire muni de sa promesse d’embauche pour y obtenir un permis de travail. Et qu’on lui fournirait un billet d’avion en aller simple.

Finalement, il est reparti avec une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Dans ce document, on attribue ce refus de délivrance d’un titre de séjour au fait, entre autres, « qu’il n’a pas pu justifier avoir travaillé au cours de ses deux années et sept mois de présence sur le territoire français ».

« Il n’a pas quitté son pays pour rien »

À ses côtés, une bénévole de l’association haut-saônoise d’accompagnement des migrants (Ahsam) fait des bonds. « On n’a pas voulu lui accorder le droit de travailler et on le lui reproche à présent », s’étrangle Anne-Sophie, la voix pleine d’émotion. Elle accompagne ce jeune homme âgé de 30 ans et peut témoigner de ses qualités humaines ainsi que de son engagement au service de la collectivité. Il œuvre, bénévolement, depuis juillet 2019 au sein de la Banque alimentaire à Vesoul. Il a aidé plein d’associations en réalisant des travaux. « C’est triste que ça ne soit pas reconnu à sa juste valeur », indique-t-elle.

Légalement, deux choix s’offrent désormais à lui : soit il accepte de retourner dans son pays pour y obtenir un permis de travail auprès du consulat, soit il y sera reconduit avec interdiction définitive de retour. « Une avocate de Besançon va le soutenir. Je l’ai mis en contact avec des associations. Après c’est la roulette russe », conclut amèrement la bénévole.

C’est l’une de ces personnes qui aident les autres mais ne se mettent jamais en avant. De celles qui ont appris, à travers leur parcours, à rester dans l’ombre. Et pourtant, l’engagement de Yacouba Bamba a ému ceux qui le côtoient depuis son arrivée à Vesoul. Deux femmes, dont une bénévole de l’Ahsam (accompagnement des migrants), ont incité le jeune homme à venir raconter son histoire et partager son espoir d’intégration.

Une promesse d’embauche en CDI

À 30 ans, Yacouba Bamba ne rêve que de pouvoir travailler. Le jeune homme possède des diplômes en menuiserie et s’est révélé très habile de ses mains. Un employeur local, fabricant de cuisines et de salles de bains, lui a même promis une embauche en CDI. Il le soutient et l’accompagne dans ses démarches. Il manque juste à ce jeune homme une autorisation de travail, délivrée par la préfecture, dont il a fait la demande en septembre 2020.

Malgré sa situation, Yacouba Bamba n’est jamais resté inactif et a apporté son aide à de nombreuses associations. Il a œuvré avec l’ECAU à la fresque du Jardin anglais , est présent chaque jour à la Banque alimentaire pour prêter main-forte aux bénévoles , a effectué des travaux de rénovation au sein de la maison des jeunes au Grand Grésil, a apporté son soutien à Emmaüs… « Je n’aime pas rester tout seul, à cogiter », avoue-t-il. Des lettres de soutien de ces associations et de bien d’autres attestent de son engagement en faveur des autres. Il a d’ailleurs croisé, à plusieurs occasions, la préfète de Haute-Saône mais n’a jamais osé lui glisser un mot sur sa situation personnelle.

Obligé de fuir son pays

Voilà dix ans déjà que ce jeune homme, originaire de Côte d’Ivoire, a fui son pays où la guerre civile faisait rage. « C’est dangereux pour moi d’y retourner », assure-t-il. Suite à des désaccords familiaux, il a dû quitter le Mali où il avait trouvé refuge. Au fil d’un long périple, il a traversé plusieurs pays africains. Il a vécu dehors. Seul. Puis a pris le risque d’une traversée par bateau pour rejoindre l’Europe.

La France, dont il maîtrise parfaitement la langue, lui a semblé « un point de chute idéal ». Après une escale à Paris, il est finalement arrivé à Vesoul au printemps 2019. « J’ai été accueilli par l’Ashra quand j’étais demandeur d’asile », raconte Yacouba Bamba. « Mon dossier a été rejeté le 22 février 2021 », poursuit-il. Depuis, il se trouve dans un « no man’s land administratif », privé de toute ressource. « C’est vraiment incohérent d’avoir des compétences et de ne pas pouvoir les utiliser », glisse la bénévole qui l’accompagne, en espérant que l’appel en faveur de Yacouba puisse être entendu.

L’Est Républicain