Vichy (03) : Après avoir fui l’Albanie, il trouve refuge dans l’Allier et devient un modèle d’intégration

Arrivé à Vichy en 2017 après avoir fui son pays natal, l’Albanie, Albert NDoj espère désormais pouvoir inscrire son avenir dans l’Allier. Voilà quatre ans qu’Albert NDoj est arrivé en France, et plus précisément à Vichy (Allier), après avoir été contraint de fuir son Albanie natale. Depuis, en l’attente d’une régularisation aux airs de passeport pour la liberté, ce quadragénaire et sa famille ont tout fait pour s’intégrer au mieux dans leur pays d’accueil.

C’est un beau pays, à n’en pas douter. Des plaines de verdure baignées par un soleil de Méditerrannée, des lacs d’un bleu azur ceints par des montagnes majestueuses, et un littoral riche de plages et de criques d’un genre paradisiaque. De vrais décors de tableaux de maître.

Après avoir fui l'Albanie, il trouve refuge à Vichy (Allier) et devient un modèle d'intégration

Pourtant, un jour, Albert a décidé de sortir du cadre. De fuir ce rêve d’apparence en même temps que ce pays, l’Albanie, qui l’avait vu grandir, mais où sa vie avait fini par prendre une tournure pénible. Pour ne pas dire cauchemardesque. Tout cela pour une question de politique, dans un pays où la question démocratique reste fâcheuse, même trente ans après la chute d’un régime communiste qui avait si longtemps imposé son joug.

Un engagement politique aux lourdes conséquences 

« Lors des législatives de 2017, je m’étais engagé pour l’opposition au pouvoir en place, explique Albert. Mais on a perdu. Après ça, j’ai subi des menaces. Et ma famille aussi ». Des menaces d’autant plus sérieuses qu’elles s’adressaient à un fils d’opposant notoire aux communistes, ayant en son temps payé son affront de 17 ans de prison.

« A cause de tout cela, j’ai été exclu de toute vie sociale et professionnelle. Ma vie et celle de ma famille devenait dangereuse. Alors, il a fallu fuir ». Fuir son pays, ses racines, et quarante ans de sa vie. Fuir à la hâte une menace grandissante.

Fuir, un jour de juillet 2017 dont Albert n’a rien oublié : « J’ai mis ma femme et mes deux enfants dans une voiture avec quelques valises. J’ai dit à tout le monde qu’on partait en vacances. On a roulé jusqu’en Croatie. On a ensuite dû prendre le bus pour arriver jusqu’en France ».

À Paris d’abord, puis à Vichy, dans une Auvergne dont la famille NDoj ignorait encore le nom et l’existence peu de temps auparavant. Une terre inconnue appelée à se faire le théâtre d’une nouvelle vie. Moins tourmentée, celle-là.

Ah, la France, terre de tous les espoirs… Une destination loin d’avoir été sélectionnée au hasard. « Si on a choisi de venir ici, c’est parce que ce pays est le pays des Droits de l’Homme, où on lutte contre les injustices », relève Albert, fier de son choix. Et heureux, aussi, d’avoir atterri à Vichy (Allier) après y avoir obtenu une possibilité de logement dans un Centre d’accueil pour demandeurs d’asile, ces fameux « Cada » qui reviennent souvent dans le vocabulaire de l’exil.

Un logement d’où Albert et sa famille allaient vite s’extraire, se voyant proposer un petit appartement par la paroisse locale si souvent fréquentée par les NDoj, portés par une fervente foi. Et par un sens de l’intégration exemplaire, aussi.

C’est peu dire, en effet, qu’Albert a tout mis en œuvre, dès son arrivée en terre bourbonnaise, pour s’acclimater au plus vite à ce nouveau territoire où allait désormais se dessiner son futur.

Première étape : apprendre la langue française. Ce qui fut fait  en quelques semaines pour ce polyglotte maîtrisant déjà l’italien, l’anglais et le russe, rien de moins. Vint ensuite le temps de l’intégration sociale, un terme et une démarche chers au néo-vichyssois dans la construction de sa nouvelle vie. Fallait-il pousser le plus de portes possible pour se faire connaître ?

Alors Albert s’y est plié, avec un inépuisable entrain. Croix Rouge, Secours Catholique, Restos du Cœur, et puis la paroisse, évidemment. « Mon épouse et moi avons tenu à nous mettre au service de toutes ces associations et structures, pour pouvoir nous rendre utiles », explique l’actif quadragénaire. Dont l’engagement associatif allait prendre une tournure bien particulière, au printemps 2020.

Au printemps dernier, Albert avait participé à la distribution d’ordinateurs qu’il avait lui-même remis à neuf, aidant ainsi des dizaines de familles vichyssoises.

Ses talents d’informaticien au service de la population 

Alors que le pays se trouve soudainement soumis à un confinement strict face à la pandémie naissante de Covid-19, Albert décide d’en revenir à ses origines.

Professionnelles, en l’occurrence. Lui, l’informaticien de profession, se dit qu’après tout, puisque l’heure est désormais au télé-travail, il pourrait mettre ses compétences au service du plus grand nombre. Riche idée. Accompagné par la Recyclerie et Libraisol, des associations locales, Albert participe à la remise en état de près d’une centaine d’ordinateurs usagés, pour mieux pouvoir les redistribuer aux familles dans le besoin. « On a ainsi permis à des enfants de suivre leurs cours en distanciel, se réjouit Albert. Sans cela, peut-être que beaucoup auraient fini par lâcher, et à se trouver en échec scolaire… ».

Responsables d’association et même élus locaux, ils sont nombreux à avoir été séduits par le personnage autant que touchés par son histoire. Une histoire qui reste celle d’un homme en exil dont l’avenir, pour l’heure, reste toujours incertain

Altruiste, donc, que cette démarche solidaire qui sera à nouveau répétée lors du deuxième confinement de l’automne. Et qui vaudra à l’informaticien de recevoir de nombreuses félicitations, celles des familles ayant profité de ses talents de magicien du 2.0, mais aussi celles de nombreux élus et responsables d’association, tous séduits par le personnage autant que touchés par son histoire.

Une histoire qui reste celle d’un homme en exil dont l’avenir, pour l’heure, reste toujours incertain. Car la demande de titre de séjour formulée auprès des services de l’Etat n’a, pour l’heure, toujours pas abouti.

Alors la famille NDoj patiente, sans rancœur. Avec l’espoir tenace de pouvoir rester vivre ici pour de bon, et d’y mener une vie loin de la souffrance et de la peur laissée là-bas, au pays. « Retourner en Albanie ? », je n’y songe vraiment pas, souffle Albert. Ici en France, je suis heureux. On est heureux. On ressent de la fraternité, du soutien, qui nous donnent beaucoup d’espoir ». 

Une famille entièrement intégrée à la vie locale

Un espoir d’autant plus vif que toute la famille, désormais, est parfaitement intégrée à la vie locale. Adelina, comme son mari, ne compte pas ses heures de bénévolat auprès de nombreuses structures caritatives vichyssoises. Fortunato et Myriam, 14 et 9 ans, comptent eux parmi les élèves les plus brillants de leurs classes respectives, en plus d’être de jeunes musiciens en devenir.

« Fortunato a même eu l’occasion de monter sur la scène de l’Opéra de Vichy avec d’autres choristes, lors d’un prestigieux concert lyrique », se réjouit le papa du jeune adolescent, pas peu fier de la réussite de ses enfants.

« Albert ? Un homme serviable et investi, toujours prêt à aider les autres et à donner de son temps »

Fier, Albert doit aussi l’être, sans doute, à entendre les avis émis à son sujet par tous ceux qui, en quatre ans, ont pu croiser sa route. Et qui sont les premiers à espérer que celle-ci puisse longtemps encore se tracer ici, à Vichy.

« Albert ? Un homme serviable et investi, toujours prêt à aider les autres et à donner de son temps », relève Joëlle Ballot au nom de l’associtaion Réseau échange de savoirs où Albert, d’élève polyglotte si impliqué, a fini par devenir maître et à diriger lui-même des ateliers d’apprentissage des langues.

Albert Ndoj attend désormais de voir sa situation être régularisée. Pour pouvoir mener une vie définitivement paisible sur les bords d’Allier.

La transmission, un mot qui a aussi guidé son engagement à la Recyclerie de Vichy. Là, Lisa Sancelme, l’une des responsables des lieux, se souvient « d’un bénévole très actif, qui a su mettre son savoir-faire et ses précieuses compétences au service des autres ». « S’il n’avait pas été là, on n’aurait sans doute pas pu distribuer autant d’ordinateurs pendant la crise sanitaire », abonde carrément Pascal Getenet, président de l’association Libraisol, pour qui Albert « a la solidarité ancrée au fond de lui ». Et d’espérer vivement que ses demandes d’obtention de titre de séjour puissent aboutir.

L’espoir, encore et toujours

Alors le quadragénaire et son épouse, dans ces associations à qui ils donnent tant, pourraient passer de bénévoles à salariés, et voir leur avenir familial s’inscrire encore plus nettement ici, sur les bords d’Allier. Mais pour l’heure, l’attente est toujours de mise. L’espoir aussi. Une nouvelle demande de titre de séjour a été émise par Albert en préfecture. Une réponse rapide, et positive, est espérée, pour pouvoir mener une vie « enfin libre et sereine » dans ce pays « qui a tant fait pour nous depuis qu’on est arrivés », note Albert. Pas peu fier désormais de pouvoir dire que la France est « son pays ». Lequel, s’il lui accordait un asile définitif, n’en serait pour la famille NDoj que plus beau, assurément.

La Montagne