Violences conjugales : Une thèse de médecine met en lumière le sujet tabou des hommes victimes (Màj)

Delphine Ripka a consacré sa thèse de médecine aux hommes victimes de violences conjugales. Un problème méconnu et encore largement passé sous silence, en effet, il n’existe à ce jour aucune estimation de la prévalence internationale des violences conjugales faites aux hommes.

Les violences conjugales constituent un phénomène social reconnu à l’échelle internationale, qui pose problème par ses conséquences sur la santé physique et psychique des victimes et de leurs enfants. L’Organisation Mondiale de la Santé définit les violences conjugales comme un comportement ayant lieu entre deux partenaires ou ex-partenaires intimes, entraînant des souffrances physiques, sexuelles ou psychiques. Cela inclut des actes d’agression physique, de contrainte sexuelle, de maltraitance psychologique et de comportements de contrôle. Les violences conjugales concernent donc les femmes et les hommes, agressés par un partenaire masculin ou féminin.

La prévalence internationale des violences conjugales a été évaluée dans un rapport mondial sur les violences, publié en 2002 par l’Organisation Mondiale de la Santé. Cependant, bien que le rapport précise que ces violences existent dans tous les pays et dans tous les groupes sociaux, seules les violences conjugales faites aux femmes par des hommes ont été étudiées. L’Organisation Mondiale de la Santé le justifie ainsi : « Il arrive que les femmes soient violentes dans leurs relations avec les hommes, et les relations homosexuelles ne sont pas exemptes de violence, mais dans l’immense majorité des cas, ce sont des femmes qui sont victimes de violence de la part de leur partenaire masculin ».

Ce rapport regroupait les résultats de 48 études, réalisées dans 33 pays entre 1982 et 1999. Il estimait une prévalence de 10 à 69% de femmes agressées physiquement par un partenaire masculin au cours de leur vie dans le monde. Les violences psychologiques semblaient accompagner la plupart du temps les violences physiques. Depuis 2002, l’Organisation Mondiale de la Santé a publié de nouvelles estimations internationales de la prévalence des violences conjugales, dans des rapports concernant uniquement les femmes victimes.

Il n’existe à ce jour aucune estimation de la prévalence internationale des violences conjugales faites aux hommes. “

En France, les données statistiques les plus récentes sur les violences conjugales sont issues de l’Enquête Cadre de Vie et Sécurité publiée en 2019. Cette enquête est réalisée chaque année par des entretiens en face-à-face, auprès d’un échantillon de la population 23 d’environ 20.000 personnes par an. Le rapport de 2019 combine les résultats de l’enquête obtenus entre 2011 et 2018. Parmi toutes les personnes ayant déclaré avoir subi au cours des deux années précédentes des violences physiques et sexuelles par un conjoint ou ex- conjoint, 72% étaient des femmes. La proportion d’hommes parmi les victimes n’est pas mentionnée, mais on peut en déduire que 28% des victimes de violences conjugales en France sont des hommes, soit plus d’une victime sur quatre.

Et ces chiffres concernent uniquement les violences physiques et sexuelles : les autres types de violences conjugales, notamment psychologiques, n’ont pas été étudiés. “

Un autre rapport français recense toutes les plaintes pour violences conjugales, enregistrées en 2019 dans les commissariats de police et les brigades de gendarmerie. Les plaintes concernent les violences physiques, sexuelles, les menaces de mort et le harcèlement. Sur toutes les personnes ayant porté plainte contre leur conjoint pour ces types de violences, 88% étaient des femmes, et 12% étaient des hommes. Ces pourcentages, confrontés à ceux de l’enquête citée précédemment, semblent indiquer que les hommes victimes de violences conjugales sont moins enclins à porter plainte que les femmes. […]

Au Royaume-Uni, le « Crime Survey for England and Wales » permet d’estimer la prévalence des violences conjugales en Angleterre et au Pays de Galles. Environ 50 000 citoyens sont interrogés en face-à-face. Les données les plus récentes publiées en 2018 révèlent que 6,3% des femmes et 2,7% des hommes ont déclaré avoir été victimes de violences conjugales au cours de l’année écoulée.

Au Canada, les dernières données disponibles datent de 2014 et sont issues du « Canadian General Social Survey on Victimization ». Ce sondage, réalisé par téléphone auprès de 33 127 citoyens de tout le pays, a permis d’estimer la prévalence des violences conjugales dans les couples hétérosexuels au cours des cinq dernières années. 2,9% des hommes et 1,7% des femmes ont déclaré avoir subi des violences physiques et/ou sexuelles. 10,1% des hommes et 6,8% des femmes ont déclaré avoir été victimes d’au moins une forme de comportement de contrôle (incluant les violences économiques et psychologiques).

[…] Aux Etats-Unis, les données statistiques les plus récentes datent de 2015 est sont issues du « National Intimate Partner and Sexual Violence Survey ». Ce sondage, réalisé par téléphone entre avril et septembre 2015, a permis de recueillir les déclarations de 10 081 personnes résidant dans l’ensemble des Etats-Unis, dont 5 758 femmes et 4 323 hommes. Il a révélé les chiffres suivants : 33% des hommes et 36% des femmes ont déclaré avoir subi au cours de leur vie des violences sexuelles, physiques et/ou du harcèlement par leurs partenaires intimes. 5% des hommes et des femmes ont déclaré avoir subi des violences de ce type au cours de l’année écoulée. 34% des hommes et 36% des femmes ont déclaré avoir subi des violences psychologiques au cours de leur vie.

La thèse de Delphine Ripka peut être consultée en cliquant ICI.