Virginie Guiraudon, chercheuse au CNRS : « Je le répète, l’immigration légale est de loin la plus nombreuse. »

Virginie Guiraudon, directrice de recherche CNRS au centre d’études européennes et de politique comparée de Sciences Po, analyse la façon dont les migrants peuvent devenir des moyens de pression et des monnaies d’échange entre les États.

Une nouvelle fois, les images ont choqué : en quelques heures, à la mi-mai, des milliers de personnes parties du Maroc ont gagné, souvent à la nage, l’enclave espagnole de Ceuta, avant d’être immédiatement renvoyées. Le Maroc avait ouvert brusquement sa frontière, histoire de faire payer à l’Espagne sa décision d’hospitaliser le chef du Front Polisario, considéré par Rabat comme un terroriste. Ce type de chantage, aussi cynique qu’efficace, n’a rien de nouveau : le président turc Recep Tayyip Erdogan ou les autorités libyennes le pratiquent depuis longtemps.

Voilà vingt ans que l’Union européenne confie la gestion de ses frontières à des pays voisins plus ou moins fiables, rappelle la spécialiste des politiques migratoires Virginie Guiraudon, directrice de recherche CNRS au centre d’études européennes et de politique comparée de Sciences Po. Et au-delà d’un contrôle obsessionnel des frontières, le discours de l’Union en la matière reflète plus que jamais ses divisions et ses incohérences.

Peut-on parler d’une « nouvelle vague migratoire » ?

Rappelons d’abord que la majorité des immigrés viennent tout à fait légalement en Europe pour étudier, travailler, ou rejoindre leur famille. Cela posé, il faut prendre un peu de recul. En 2015, en lien notamment avec la guerre en Syrie, un million de personnes sont arrivées sur le territoire de l’Union. Dès 2016, ce nombre a chuté à 350.000. En 2020, 124.000 entrées irrégulières ont été recensées par Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, créée pour aider les États membres et les pays associés à protéger les frontières de Schengen. Et les premiers mois de 2021 ont vu arriver 39.000 personnes, toutes frontières confondues. […]

Plus on contrôle les migrants, plus il y a de voyages irréguliers”

Telerama