Vivre à l’étranger : Une expérience difficile et contraignante

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La dépression et l’anxiété sont très répandues chez les expatriés aux prises avec les difficultés de la vie à l’étranger. Quelques conseils pour les combattre et se donner les meilleures chances de poursuivre l’aventure de l’expatriation.

Dépression des expatriés” : j’ai découvert cette expression en cherchant sur Google ce qui pouvait bien m’arriver. Depuis mon arrivée à Istanbul, je sentais ma confiance en moi, mon optimisme et mon énergie m’abandonner au fil des mois. Jour après jour, je m’éloignais physiquement et affectivement du pays plein de vie où j’avais choisi de m’installer.

Les descriptions répertoriées en ligne étaient variées et ambiguës, mais toutes semblaient s’accorder sur le fond, à savoir qu’il s’agissait d’“un sentiment de découragement et d’abattement profond et prolongé lors d’un séjour à l’étranger, selon la définition du blogueur de voyage Derek Hartman.

Une longue liste de facteurs de stress

Je n’avais jamais entendu des expatriés évoquer ce côté obscur de leur vie, mais mes recherches m’ont montré que la dépression et l’anxiété sont très répandues dans leur milieu. Certains racontent que cet état s’installe sans crier gare, avec la vague de changements et la valse des émotions qui les submergent une fois installés dans leur nouveau pays. Une expatriée m’a confié qu’elle n’avait pris conscience de sa dépression qu’après plus de six mois.

L’un des symptômes les plus courants est une perte de confiance en soi, m’a expliqué une expatriée qui en était venue “à douter de [s] a capacité d’adaptation”. Une autre m’a dit avoir souffert du “syndrome de l’imposteur” : “J’avais perdu toute confiance en moi. Je me remettais souvent en question, j’avais l’impression de ne pas avoir les compétences nécessaires pour faire mon travail. Il m’arrivait même d’éprouver un sentiment de dépersonnalisation et de me demander comment j’avais pu arriver au stade où j’en étais dans ma carrière.”

Pour partir vivre à l’étranger, il faut avoir énormément d’énergie, d’optimisme, de confiance en soi et d’autonomie. Et c’est sans doute pourquoi ceux qui font le choix de s’expatrier cherchent à ignorer leurs symptômes de dépression ou d’anxiété.L’expatriation est l’une des décisions les plus audacieuses que l’on puisse prendre dans sa vie et elle s’accompagne d’une longue liste de facteurs de stress.

Outre le changement culturel et la barrière de la langue, les expatriés sont souvent contraints de faire appel à des locaux pour les aider à accomplir les tâches les plus simples – de l’achat de médicaments en pharmacie à la signature d’un bail –, ce qui, à la longue, peut altérer l’opinion qu’ils ont de leurs compétences.

Vivre à l’étranger : une expérience difficile et contraignante

Les pertes ou modifications d’identité peuvent également créer des conflits intérieurs importants. En plus du choc culturel, “on découvre sa propre identité dans un contexte nouveau, ce qui peut être source de troubles”, m’a expliqué un expatrié.

Et des difficultés extérieures peuvent se greffer à ces problèmes : mécontentement au travail, manque de perspectives de carrière, crise politique ou sociale dans le nouveau pays.Qui plus est, le départ à l’étranger prive les expatriés de leur réseau de soutien et les éloigne de leur famille.

Entre 2014 et 2016, Mitesh Patel, directeur médical de la compagnie d’assurance santé Aetna, a réalisé une étude sur 5.000 expatriés, dont42,8 % considéraient la perte du réseau de soutien comme un gros facteur de stress.

Même si les recherches sur le sujet restent rares, une étude fréquemment citée indique que 50 % des expatriés sont exposés à un risque élevé de développer de l’anxiété ou de faire une dépression. En 2011, le psychologue Sean Truman, qui reçoit des expatriés en consultation au Truman Group, a recueilli des données sur 950 expatriés résidant et travaillant à l’étranger depuis au moins six mois.

Il en ressort que les expatriés américains sont 2,5 fois plus susceptibles de développer des troubles d’intériorisation et de se réfugier dans l’alcool ou la drogue que leurs compatriotes restés aux États-Unis.

“Le risque élevé de troubles d’intériorisation peut être également lié à un plus grand mécontentement au travail, à des relations conjugales ou familiales plus difficiles et à une évaluation négative des performances professionnelles”, lit-on dans cette étude.

“Ces conclusions donnent à penser que la vie à l’étranger est une expérience difficile et contraignante et que, lorsque l’état affectif des expatriés commence à se dégrader, une foule de problèmes peuvent s’ensuivre.” […]

Sommeil, exercice, vie sociale : les remèdes contre l’anxiété

Est-il possible de sortir de cette dépression sans jeter l’éponge et rentrer au pays ? Le traitement prescrit pour les expatriés ressemble à bien des égards à celui donné à tout dépressif : dormir suffisamment (entre sept et neuf heures), faire de l’exercice, entretenir des liens sociaux et avoir une consommation modérée d’alcool constituent le fondement de la santé mentale pour les psychologues.

Cela nous a permis de passer ensemble des moments constructifs et de nous aider mutuellement. J’avais aussi des amis qui souffraient de dépression dans d’autres pays et le fait de parler avec eux m’a procuré un sentiment de sérénité et de camaraderie.”

Accéder aux soins de santé mentale à l’étranger

Cependant, dans certains cas, ces moyens ne sont pas suffisants pour permettre aux expatriés de retrouver leur bien-être mental, surtout si la personne dépressive a des idées suicidaires ou une tendance à l’automutilation. Indépendamment de la gravité des symptômes, l’aide d’un psychologue est alors nécessaire.

Le manque d’accès aux soins de santé mentale à l’étranger dissuade souvent les expatriés de consulter un professionnel. Mais avec la multiplication des moyens de communication à distance, les solutions alternatives à la consultation en face-à-face sont de plus en plus nombreuses, en particulier pour les expatriés.

Certaines formules d’assurance santé internationale couvrent les traitements de santé mentale. Et le réseau d’expatriés peut également aider les personnes en difficulté à trouver un psychologue ou même leur recommander des thérapeutes offrant des consultations gratuites ou à prix réduit.

Le combat contre la dépression exige parfois plus de franchise et de confiance dans son entourage que celles que l’on peut être enclin à avoir. Mais cette attitude peut jouer un rôle déterminant dans l’issue de la bataille. Plus tôt on identifie la dépression et on prend des mesures pour la combattre, plus tôt on peut poursuivre l’aventure de l’expatriation.

Daily Sabah

3 Commentaires

  1. Je peux confirmer ici, que vivre à l’étranger, ce n’est pas facile. Je vis au Frankistan, j’ai été expulsé de France dans les années 80, je me suis retrouvé chez les mac.. aks et autres bab 0uins, sans compter les criquets, oui c’est compliqué de vivre à l’étranger.

    • Pareil…
      Et quand je rentre de vacances, parfois dans des lieux préservés, pour revenir du côté de Mulhouse, oui, j’ai le choc de l’expatrié, je me sens en Turquie ou au Maghreb, mais pas en France.

  2. choisir un autre pays pour la carrière, pour tout un tas de raisons, ça doit effectivement pas être tout le temps facile.
    S’arracher à sa terre, surtout quand on y est attachés, c’est atroce, mais je me demande si ce n’est pas pire quand on ne peut plus y vivre, par dépit, parce qu’on se sent étranger sur son propre sol.

    Cela touche désormais un vraiment un grand nombre de gens que nous connaissons, des gens réveillés, la grosse majorité pense à se barrer…changer d’air pour ne plus assister au cirque et son zoo à ciel ouvert qu’on nous a imposés. La vraie question c’est où? Sans en arriver à la description faîte ici.
    Il est évident que je ne me vois pas en Turquie…pays radicalement différent à tous les niveaux.

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