Vivre à plusieurs générations sous le même toit, un enfer (même si on adore sa famille)

Les vacances d’été sont souvent le moment de rendre visite aux grands-parents dans la maison de vacances. Souvent, l’inquiétude de la cohabitation entre les enfants, ados, parents et grands-parents se fait sentir. D’autres cohabitent toute l’année, tradition oblige. C’est le cas d’Iman, dont on vous raconte ici l’histoire.

Il y a les souvenirs heureux des repas partagés et festifs de l’enfance, et une réalité plus difficile à accepter une fois adulte… (Getty Images)

Iman est née à Moscou dans une maison où trois générations se côtoient. D’origine tchétchène, la jeune femme de 22 ans partage depuis sa naissance le toit de ses parents et de ses trois frères et soeurs avec ses grands-parents, ses cousins et cousines.

Mode de vie hérité de la tradition tchétchène, le domicile des grands-parents est considéré comme le centre de la vie familiale. C’est la tradition du « laram », qui exige de rendre visite à ses parents et/ou grands-parents « quotidiennement », quand on ne vit pas carrément tous ensemble. « C’est une marque de respect envers eux, pour leur montrer qu’on ne vit pas notre vie sans eux et dans notre coin », confie l’étudiante en école de commerce.

En 2001, durant la seconde guerre de Tchétchénie contre la Russie, les parents d’Iman quittent la capitale russe avec leurs enfants et se réfugient en France. Ils emportent avec eux la tradition caucasienne. « Je me rappelle qu’en sixième mon grand-père paternel resté en Russie nous a rendu visite. Il devait rester un court moment, mais il est tombé malade. Il est finalement resté quatre ans chez nous ». Tradition oblige, le reste de la famille en Russie a suivi l’aïeul jusqu’en France…

« Avec ma famille [les parents et les enfants] , on s’est retrouvés à partager notre appartement avec le grand-père, les quatre tantes, leurs maris et leurs enfants », la journée uniquement. Le soir, « les hommes ne dormaient pas à la maison. Même mon frère, qui était pourtant chez lui ». Voyez en cela une forme de « respect » de l’intimité de chacun. Cela, dans un trois-pièces, avec au moins quatre enfants par couple. « Ç a faisait beaucoup de bouches à nourrir », plaisante Iman.

« C’était la galère, mais aussi la fête tous les jours »

Le lezginka, danse traditionnelle des mariages caucasiens, rythmait les soirées de la famille. « J’ai adoré danser avec mes oncles et mes tantes. Le sourire de mon grand-père me rendait tellement heureuse ». Le repas, qui conclut les festivités, est partagé en famille, mais pas autour de la traditionnelle table à manger ; trop petite pour tout ce monde. « On mettait une grande nappe au sol, puis on partageait le repas ensemble ».

Nostalgique de cette époque, la jeune mariée avoue avoir « pris goût au bruit et à l’ambiance familiale. Les secrets partagés, l’entraide. Je me suis sentie vide quand ils sont partis ». Bien qu’elle en souligne également les désagréments : pas de chambre à soi, d’intimité, de calme. « C’était gênant pour réviser, mais j’ai trouvé mon rythme. Je révisais à la médiathèque ».

Mariée depuis un an à un jeune homme lui aussi Tchétchène, Iman cohabite désormais avec sa belle-famille. Pas de conflit particulier, mais « revivre la même expérience aujourd’hui, c’est plus compliqué. J’ai besoin d’une plus grande intimité que quand j’étais ado ».

Le jeune couple ne se voit pas perpétrer la tradition. « Avec du recul, je me demande comment ma mère a géré tout ce monde. Je réalise mieux maintenant qu’elle n’avait pas le choix. Elle a subi la tradition, et je ne veux pas ça à mon tour ».

Les Echos