Votre banque va-t-elle finir par taxer l’argent de votre compte courant ?

C’est une première pour une enseigne grand public : la banque mobile N26 va taxer une partie des dépôts effectués par ses clients. Cette facturation des avoirs sur les comptes courants va-t-elle se généraliser ?

Sur le marché français, N26 est la première banque grand public à mettre en place une taxation des avoirs détenus sur les comptes courants. Cette décision va-t-elle créer un précédent et entraîner d’autres établissements à taxer les comptes bancaires ? Si plusieurs banques privées avaient déjà recours à cette pratique, elle ne concernait, jusqu’à présent, que les clients patrimoniaux dont les avoirs dépassent le million d’euros.

Taxation des comptes courants chez N26 : qui est concerné ?

Depuis le 19 octobre 2020, les nouveaux clients de N26 peuvent voir leur compte courant taxé à un taux de 0,5 % sur les sommes au-delà de 50 000 €. Pour un dépôt de 70 000 €, la facture s’élève ainsi à 100 € par an. Il faut dire que les liquidités placées sur les comptes courants peuvent être une épine pour les banques. Celles qui en ont trop doivent en déposer une part auprès de la BCE, la Banque Centrale Européenne. Mais ce service n’est pas gratuit : elle facture les dépôts au taux de 0,50 %.

La BCE veut pousser les établissements à prêter de l’argent aux ménages et aux entreprises, sauf que la situation économique ne les incite pas à s’endetter pour de nouveaux projets. En effet, face à la crise du coronavirus, les Français ont épargné davantage et privilégient leur compte courant. Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne, constate ainsi : L’encours des dépôts à vue dépasse les 450 milliards d’euros en France, soit deux fois plus qu’en 2009. Rien qu’en 2018, les banques françaises ont dû débourser plus de 2 milliards d’euros pour déposer leurs dépôts à la BCE. D’où la volonté de certaines enseignes de répercuter ce coût sur les particuliers.

L’arme des banques : les frais

En Allemagne, la pratique est courante. Si les dépôts supérieurs à 100 000 € sont très souvent facturés, cela reste encore exceptionnel pour des montants inférieurs. En France, pour l’instant, aucune autre banque de détail n’a fait le même choix que N26. ING, Orange Bank ou encore la Société Générale confirment qu’une telle décision n’est pas à l’ordre du jour.

En revanche, Philippe Crevel met en garde les particuliers : Dans les faits, les banques pourraient appliquer des taux négatifs mais elles ont, pour le moment, préféré jouer sur la rémunération des services qu’elles offrent plutôt que le taux des dépôts pour maintenir leur rentabilité. La question pourrait se poser sur les dépôts les plus importants. Pour le moment, le caractère concurrentiel du marché bancaire limite les tentations.

Ne pas facturer les dépôts, mais augmenter le coût d’autres opérations bancaires : tel est le choix d’un grand nombre d’établissements. Les frais bancaires ont ainsi fortement progressé cette année. D’où l’intérêt de comparer pour trouver une banque moins chère que la vôtre.

Ouest-France