« Wake up Café » : Une pépite associative qui réinsère les sortants de prison

Chaque année, la Fondation de France soutient près de 10.000 projets. Parmi les pépites qu’elle mettra en valeur le 4 octobre, La Croix en a choisi quatre. Aujourd’hui, Wake up Café, qui propose un parcours sur mesure de réinsertion aux ex-détenus.

À 53 ans, Moïse n’a pas envie de s’appesantir sur ce qui l’a mené en prison, ni de dire combien de temps il y est resté. Mais il raconte volontiers ce qui l’a aidé à changer de chemin. « Sans Wake up Café, je serais sans doute encore en prison », explique-t-il. Il y a sept mois, Moïse a intégré le parcours de réhabilitation de l’association, dont il avait entendu parler en détention. « Depuis que je suis arrivé, le 18 janvier, je n’ai pas raté un seul jour », se souvient-il.

Cinq jours sur sept, il est venu sur la péniche Thalassa, siège de l’association à Paris, suivre des ateliers, tournés vers la recherche d’emploi le matin, vers la reconstruction personnelle l’après-midi. Il a bénéficié d’un accompagnement à la fois global et sur mesure, chaque conseiller d’insertion s’attachant à trouver des solutions aux problèmes de papiers, de compte en banque, de logement ou encore de santé de chacun. Chaque participant s’engage aussi à suivre des stages dans des entreprises partenaires.

« Ici c’est comme une famille »

Moïse a aussi joué le jeu de la « communauté d’entraide » de l’association, qui demande à tous ses « wakeurs » de participer à la préparation du repas commun du midi, venir deux soirs par mois à un repas convivial, et à un temps d’échange animé par des coachs. « Ici c’est comme une famille, on ne vous laissera jamais sur le côté », résume Moïse.

Et puis, reprend-il, « je suis tombé amoureux du bateau », une superbe péniche blanche avec vue sur la tour Eiffel, sur laquelle était jadis tournée l’émission « Thalassa ». Alors quand, trois mois après le début de son parcours, il fait un stage à l’entretien du bateau, il s’y sent si bien qu’on lui fait vite confiance. Depuis quatre mois, il est embauché comme agent d’entretien du Thalassa, en CDI.

Plus de 1.100 personnes accompagnées depuis 2014

Cette réussite est la raison d’être de Wake up Café, association créée en 2014 par sa présidente, Clotilde Gilbert, alors aumônière de la prison pour hommes de Nanterre. « Elle suivait une personne avec qui elle a créé une chorale et qui lui a demandé de l’aider à trouver un emploi pour sortir de prison, ce qu’elle a fait grâce à un ami chef d’entreprise, raconte Isabelle Grozelier, chargée de communication. Ça s’est su et d’autres détenus lui ont fait la même demande. Elle a fait jouer son réseau mais après un certain temps, elle s’est rendu compte que les personnes ne venaient pas toujours au travail, n’avaient pas toujours la bonne attitude… Elle a compris que pour se reconstruire, les personnes ont besoin d’un vrai accompagnement. »

Depuis sa création, l’association, qui dispose désormais d’une cinquantaine de collaborateurs, près de 200 bénévoles et autant d’entreprises partenaires, a fait ses preuves. Plus de 1 100 wakeurs sont passés entre ses mains, dont 700 ont obtenu un emploi. « Alors que les chiffres officiels disent qu’un tiers des sortants de prison récidivent au bout d’un an et deux tiers au bout de cinq ans, chez nous c’est moins de 10 % », affirme Isabelle Grozelier.

Wake up Café est désormais implanté dans sept villes (Paris, Sèvres, Montreuil, Lyon, Valence, Montpellier, Marseille) et a créé, à Paris, un espace de formation pour les métiers de la restauration, du service et de l’accueil. D’ici à la fin 2022, elle devrait s’implanter aussi à Nantes.

La Croix