Wokisme, l’union des droites… Les nouvelles croisades d’Eric Zemmour

Eric Zemmour a deux objectifs, les mêmes que pendant la campagne présidentielle ; l’un est idéologique, l’autre politique. afp.com/BERTRAND GUAY

L’ancien candidat à l’élection présidentielle tient un meeting dimanche pour célébrer le début de son aventure politique, il y a un an.

Journaliste de lui-même. Eric Zemmour a terminé lundi son livre, qui sera publié en mars. Etre candidat à l’élection présidentielle, quelle histoire. Ça se commémore – il organise dimanche un meeting pour célébrer le premier anniversaire… d’un autre meeting, à Villepinte, où devant 10000 personnes il troqua le costume de plume du Figaro pour celui d’homme politique. Et ça se raconte ! C’est ainsi que s’entretiennent les épopées, entre légendes et souvenirs.


Qu’on n’attende pas dans le récit une montagne de regrets. Si Eric Zemmour en a un, c’est d’avoir semblé théoriser son échec, alors que son score ne fut pas une débâcle, avec ses 2 485 226 voix (7%) à faire pâlir d’envie les professionnels de la politique issus des grands partis d’autrefois, Valérie Pécresse ou Anne Hidalgo. Des anecdotes, des portraits, dont celui d’Emmanuel Macron comme incarnation du rêve giscardien des boomers, des diagnostics et des analyses : Eric Zemmour sait attirer le lecteur.

Il a eu moins de réussite avec les électeurs, il demeure toutefois convaincu que sans l’Ukraine, il se serait hissé au second tour. Sa fierté est non pas d’être monté une fois dans les sondages, jusqu’à 19% à la rentrée 2021, mais deux fois, en février 2022 aussi – car le phénomène est rarissime. Plus dure sera la chute.

Eric Zemmour aime penser qu’il avait raison : raison de dire que Marine Le Pen ne pouvait pas gagner, et il ne croit pas davantage qu’elle puisse gagner demain qu’il ne pensait qu’elle avait la moindre chance hier. Il note simplement au passage que “la presse l’encense tous les jours” – elle, pas lui. Raison de dire que la question identitaire est la plus importante de toutes, et il considère que la suite des événements va dans son sens, des incidents au Stade de France en mai aux violences après la victoire du Maroc contre la Belgique à la Coupe du monde de football en novembre.

S’inspirer du républicain Ron DeSantis

Mais il y a une chose presque aussi difficile qu’être candidat à l’Elysée : être un ancien candidat à l’Elysée. Que faire de cette aventure ? Comment éviter de se singer soi-même, comment réussir à se renouveler ? Eric Zemmour a deux objectifs, les mêmes que pendant la campagne présidentielle ; l’un est idéologique, l’autre politique. Le premier : lutter contre “le grand remplacement”, et maintenant “le grand endoctrinement”. Sa nouvelle source d’inspiration vient de Floride où le gouverneur, le républicain Ron DeSantis, a investi avec succès le terrain des “guerres culturelles”, mobilisant par exemple les parents contre le “wokisme”.

A son tour, Zemmour voudrait faire de l’école son champ de bataille, en se servant du réseau “Parents Vigilants” lancé en septembre – 35000 membres à l’en croire. L’association vient de mener et de gagner une guerre éclair en repérant une sortie scolaire au camp de migrants de Calais organisée par une professeur de philosophie du lycée Watteau de Valenciennes. Eric Zemmour a saisi la balle au bond en tweetant : “Le grand endoctrinement au service du grand remplacement. Est-ce l’école que nous voulons ?” La professeure, qui a reçu un mail la menaçant physiquement, a décidé de porter plainte et d’annuler la sortie conjointement avec le rectorat.

LR est mort selon lui

L’autre grand objectif, c’est la fameuse union des droites. Dans sa tribune publiée par Le Figaro Magazine du 25 novembre, Eric Zemmour grille le off comme on dit dans ce milieu journalistique qui fut si longtemps le sien. Il écrit : “Nicolas Sarkozy me l’a dit lors de notre déjeuner : ‘Les LR sont condamnés. Ils n’ont pas d’avenir. Leur destin est de finir écartelés entre Macron et toi.'”

Il consacre dans son livre un chapitre à ce qu’il appelle “la leçon du Var” : il a aspiré l’électorat de droite à l’occasion de sa candidature aux législatives, a récupéré tout l’ancien RPR mais n’a pas su attirer les voix du RN. Déjà en février, il avait commandé une enquête d’opinion : il attirait jusqu’à un tiers des électeurs de Marine Le Pen de 2017 et un quart de ceux de François Fillon. Avant que l’effet drapeau consécutif à la guerre en Ukraine ne fasse fuir l’électorat le plus âgé vers Emmanuel Macron, il avait commencé de réaliser sur son nom l’union des droites, il en est persuadé.

Autant dire que LR, quel qu’en soit le prochain président, est mort selon lui. Ce n’est pas un hasard si Laurent Wauquiez s’est tenu à distance de la compétition. Les deux hommes se sont parlé avant la campagne présidentielle, depuis c’est silence radio : ils sont maintenant concurrents.

Sauf que l’un est désormais un homme politique affûté, ancien ministre, président de région, pas l’autre. Apprendre le métier, ses grandeurs et ses vicissitudes. Le voilà chef de parti : il s’énerve parfois de lire que LR serait le premier mouvement de droite en nombre de militants, il avance les chiffres de Reconquête et ses 131000 encartés : sur son téléphone, il a une application lui permettant de suivre, jour après jour, le taux d’adhésions, le taux de renouvellement et aussi le montant des dons.

Eric Zemmour saura-t-il résister à la tentation groupusculaire ? Sa participation à la manifestation controversée en hommage “aux victimes”, après le meurtre de la jeune Lola, incite à se poser la question. Et sa réponse est certes une défense, elle est aussi un aveu : tout responsable politique serait amené à “flatter son électorat”. Il cite François Hollande avec Théo au coeur d’une affaire de violences policières, François Mitterrand avec la famille Oussekine après la mort de Malek poursuivi par des forces de l’ordre, sans parler des manifestations pour Adama Traoré.

Se présenter à toutes les élections fait également partie du job. Philippe de Villiers et Patrick Buisson lui ont déjà dit qu’il ne pouvait pas ne pas aller aux européennes comme tête de liste, n’en déplaise à Marion Maréchal. Apprendre le métier… En septembre, lors d’un déjeuner, il a reçu les félicitations pour sa campagne législative dans la 4e circonscription du Var d’un habitant du coin, qui depuis le Cap Nègre l’avait observé : un certain Nicolas Sarkozy.

Eric Mandonnet

L’Express