Yamina Benguigui: “Il était urgent pour moi de réaliser ‘Soeurs'”

Lʹinvitée: Yamina Benguigui “Sœurs” / Vertigo / 36 min. /

“Soeurs” de Yamina Benguigi raconte l’histoire de trois soeurs algériennes qui vivent en France et qui décident de se rendre dans leur pays d’origine à la recherche de leur petit frère enlevé par leur père, trente ans auparavant. A voir actuellement dans les salles romandes.

Réalisatrice d’une première fiction “Inch’Allah dimanche” en 2001, de nombreux documentaires et ancienne ministre chargée de la Francophonie sous la présidence de François Hollande, Yamina Benguigui propose une histoire en partie autobiographique dans son nouveau film, “Soeurs”.

De parents algériens, Yamina Benguigui est née et a été élevée en France mais dit avoir vécu sa jeunesse dans un “no man’s land” qui n’était ni la France ni l’Algérie. “Nos parents ne se sont jamais donné le droit de s’enraciner en France car ils pensaient rentrer au pays un jour. On a donc grandi un peu en cachette de tout le monde et avec la difficulté de dire et de parler de notre histoire. Car parler de nous ou de nos parents, c’était trahir la parole. Avec ‘Soeurs’, j’ai transgressé ce silence, car j’avais besoin de faire un cinéma engagé, et d’aller porter cette parole”, explique la réalisatrice à la RTS.

L’affiche du film “Soeurs” de Yamina Benguigui.
la bande-annonce du film “Soeurs”

Des actrices intimement liées à l’Algérie

Pour jouer les rôles principaux, la réalisatrice a choisi des actrices et acteurs qui ont un lien intime avec l’Algérie. “Pour moi, c’était quasi une condition sine qua non. Cette histoire devait les interpeller et il fallait qu’elles et ils puissent aller puiser dans leur histoire familiale pour prendre à bras le corps leur rôle”, indique Yamina Benguigui.

On retrouve ainsi au casting Isabelle Adjani dont le père est algérien, Rachida Brakni dont les deux parents sont algériens, Maïwenn qui a un grand-père algérien et Hafisa Herzi qui est algérienne. “Même les trois filles qui jouent le rôle des soeurs enfants sont d’Alger”, précise la cinéaste.

Isabelle Adjani a d’ailleurs accepté de jouer dans le film avant d’avoir lu le scénario. “On est très proches et on échange très souvent sur nos vies, raconte Yamina Benguigui. Faire un film sur ce sujet, on en parlait depuis très longuement. Et est arrivé un moment où c’est devenu urgent que je le fasse.”


Enlèvements parentaux

Car si “Soeurs” évoque l’histoire douloureuse des relations franco-algériennes, le film est centré sur ces fameux enlèvements d’enfants qui ont encore lieu aujourd’hui. Des pères de familles immigrées en France rentrent au pays avec un ou plusieurs enfants, sans le consentement de la mère, et ces derniers disparaissent totalement de la vie de leur mère et de leurs frères et soeurs restés en France.

Le rapt des enfants, je l’ai vécu. Nous avons eu la chance de retrouver mon frère et ma soeur, mais je me suis dit: ‘Et si l’un des deux n’était pas revenu?

Yamina Benguigui, réalisatrice de “Soeurs

“Ce sont des rapts légaux puisque les pères sont autorisés à quitter la France avec les enfants et autorisés par l’Algérie à rester là-bas”, se désole Yamina Benguigui. Mais c’est surtout autour des disparitions, plus que des enlèvements, qu’elle a écrit cette histoire sous forme d’autofiction. Car pour la réalisatrice, “avec le cinéma, on a toujours l’espoir d’inverser les choses et de pouvoir réparer le passé”.

RTS