ZFE : Interdits de rouler en ville dès jeudi, ils préfèrent « ne plus y aller » ou « payer des amendes » que changer leur voiture

A compter du 1er septembre 2022, les premières mesures de la Zone à faibles émission se déploient à Marseille et se durcissent à Toulouse, Lyon, Rouen ou Reims. — ALAIN JOCARD / AFP

Ce jeudi, plusieurs villes françaises mettent en place des mesures de restriction de circulation dans le cadre des zones à faibles émissions. Pour plusieurs de nos lecteurs, ces interdictions sont inégalitaires ou encore un non-sens écologique.

  • Certaines villes ont déjà mis à l’index certains véhicules des hypercentres dans le cadre des Zones à Faibles Emissions (ZFE). Un coup d’accélérateur est donné ce 1er septembre dans de nouvelles villes, comme Lyon, Rouen ou Toulouse.
  • Marseille se lance aussi dans ce dispositif en interdisant l’hypercentre de la cité phocéenne à tous les véhicules Crit’Air 5 et non classés.
  • Des restrictions qui vont contraindre des automobilistes à changer leur véhicule s’ils veulent être dans la légalité, ou parfois d’autres options selon nos lecteurs concernés par ces interdictions.

Les automobilistes marseillais dont la voiture a une vignette Crit’Air 5 vont devoir trouver une solution à compter de ce jeudi pour éviter la Zone à Faibles Emissions (ZFE) circonscrite à l’hypercentre. Comme de nombreuses métropoles françaises, la Cité phocéenne déploie progressivement cette mesure qui vise à améliorer la qualité de l’air en interdisant les véhicules les moins récents.

Mais pas forcément les moins polluants selon certains de nos lecteurs qui ont répondu à notre appel à témoignages pour savoir ce qu’ils pensaient de la mise en œuvre de certaines restrictions de circulation à compter du 1er septembre à Toulouse, Lyon ou encore Rouen. « Il serait bien que les articles arrêtent de répéter à l’envi que les véhicules Crit’Air 3, 4 ou 5 sont les plus polluants. Le numéro de vignette Crit’Air n’a rien à voir avec la pollution, c’est seulement lié à l’année du véhicule. Les gros SUV et 4×4 récents polluent plus que certaines vieilles petites voitures mais comme ils sont récents ils ont le droit de rouler en ville », tient à rappeler Philippe.

« Mettre à la casse des voitures en bon état »

Maurice est propriétaire d’une voiture sortie d’usine en 2008 et classée Crit’Air 3. C’est loin d’être un fou du volant, il est même plutôt adepte des modes doux, préférant la marche et le vélo. Il utilise donc très peu son véhicule de 14 ans qui affiche seulement 126.000 km au compteur et il l’entretient régulièrement. « A une période où on essaie enfin de donner une seconde vie, voire plus, à nos objets du quotidien, difficile de comprendre et d’accepter qu’il va falloir mettre à la casse un véhicule en aussi bon état ! Et pour le remplacer par quoi ? Un véhicule partiellement ou totalement électrique alors que l’État annonce un manque d’électricité et nous demande de réaliser des économies », déplore ce dernier. Et ils sont nombreux à ne pas vouloir troquer leur vieille auto en bon état pour un véhicule plus récent, un « non-sens écologique » pour eux.

Bon gré, mal gré, certains sont obligés de changer leur tacot s’ils veulent continuer à travailler. C’est le cas de nombreux artisans. Comme le beau-frère de Jean-Marc, qui vient de reprendre l’entreprise d’électricité de son père en banlieue toulousaine qui s’est décidé à investir dans un véhicule autorisé. « Il a acheté une fourgonnette électrique il y a plusieurs mois, mais celle-ci ne sera néanmoins pas livrée avant mars 2023, au mieux, du fait des pénuries diverses. Mais à compter d’aujourd’hui il ne peut plus entrer sur le périphérique et le centre-ville car le vieux fourgon de son père est Crit’Air 4 », s’indigne Jean-Marc. Quant à sa belle-sœur serveuse, elle se demande comment elle va faire à compter de l’an prochain, quand sa bagnole Crit’Air 4 sera interdite et qu’elle devra rentrer en pleine nuit, sans pouvoir trouver un moyen de transport en commun.

Daniel est aussi un artisan de la Ville rose et, même si son véhicule est Crit’Air, il affiche sa solidarité avec ceux qui ne peuvent pas changer de véhicule. « Je suis sûr qu’il y aura des dérogations pour les véhicules de la mairie mais l’artisan sera la vache à lait », peste-t-il. Jérôme construit « des maisons qui n’ont pas besoin de chauffage depuis quinze ans » et a pris une décision radicale : il ne se rend plus en ville.

Boycott et resquilles

Tout comme Eric, qui vit en banlieue marseillaise. « Je n’habite pas la ville mais je m’y rendais souvent pour des promenades, resto, achats, expo. J’ai décidé que ce serait terminé. Les restos et les promenades, je peux les faire où on m’acceptera, les expos il y en a ailleurs et les achats je les ferai soit ailleurs, soit sur Internet. Cette ville ne veut pas de moi et bien moi je ne veux pas non plus lui donner quoi que ce soit, c’est simple et clair », clashe-t-il. Pascale, une autre méridionale, ne peut s’empêcher de tacler cette nouvelle interdiction marseillaise où « dans le port, les bateaux de croisière viennent polluer davantage que la circulation ».

Mais cette décision, tous ne peuvent pas la prendre ou s’y résoudre. Jean-Charles, un retraité qui habite à 120 km de Lyon, n’a pas le choix. Il doit se rendre de temps en temps dans le centre de la capitale des Gaules pour s’occuper de son père de 96 ans. « Et pour y emmener mon fils de 20 ans, polyhandicapé. Comment dois-je faire ? Plus que des trajets par VSL et ambulance, c’est la Sécurité sociale qui va être heureuse », écrit-il, se demandant s’il pourra bénéficier d’une dérogation.

Belio, qui a commenté notre appel à témoignage, trouve aussi cela « honteux », notamment pour les habitants de l’Eure, « un désert médical ». « Ils ne pourront plus se rendre à Rouen pour leurs examens médicaux, consultations spécialistes, opérations, etc. Il n’y a aucun transport en commun Rouen – Evreux pour compenser, pas de parking aux terminaux du métro de Rouen », avance-t-il, pensant au « petit retraité » qui avec sa maigre pension n’a pas les moyens de passer à la voiture électrique.

Thibault, un habitant de Puteaux, dans les Hauts-de-Seine, a aussi fait ses calculs. Adepte des transports en commun et sensible aux questions écologiques, il a décidé de conserver sa vieille Renault Clio de 1995, « sans Crit’Air du tout », pour des déplacements limités. « Je paierai quelques amendes s’il le faut, des amendes de 60 euros pour rentabiliser une voiture 20.000 euros, ça fait 333 amendes ! Si je ne la sors qu’une fois par mois, 333 amendes au rythme maximum d’une par mois, ça dure plus de 27 ans ! Je valide donc mon raisonnement absurde, à l’encontre d’une ZFE d’écologie de bouts de chandelles qui l’est tout autant », conclut-il, avec un brin de dérision.

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