Zimbabwe : Un pays en ruine

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Cela fait des années que les Zimbabwéens souffrent de la faim, de la pauvreté et d’une crise économique très profonde. Mais l’épidémie de Covid-19 a rendu leur quotidien encore plus insupportable. Dans le pays, on en vient à regretter, le “bon vieux temps” de Mugabe.

Trois ans après l’arrivée au pouvoir d’Emmerson Mnangagwa, le désespoir hante toujours la capitale, Harare. Dans les rues poussiéreuses de Dzivarasekwa, banlieue populeuse de l’ouest de la ville, les habitants sont en proie à la faim et au désespoir.

L’un d’eux, Gerald Kamwenje, cordonnier autodidacte de 44 ans, passe la journée dans sa cahute à réparer des chaussures. “J’ai à peine de quoi survivre. Je ne peux même pas nourrir ma famille. Il y a des jours où mon seul repas de la journée consiste en du maïs grillé, et je me passe souvent de dîner pour que mes enfants puissent manger”, explique-t-il. L’an dernier, Kamwenje a eu un accident et s’est blessé au genou gauche, il est aujourd’hui handicapé :

Kamwenje n’est qu’un exemple parmi d’autres au Zimbabwe, où sévissait déjà une grave crise économique avant l’arrivée de la pandémie. La monnaie s’est effondrée. Les Zimbabwéens sont pris entre le marteau et l’enclume. Kamwenje ajoute :

Le quotidien est devenu un combat. Avec mon handicap, je ne peux pas
aller me faire soigner. Ma femme est épileptique, mais je n’ai pas les
moyens d’acheter les médicaments dont elle a besoin. Je n’ai pas d’argent
pour envoyer mes enfants à l’école, et je ne me souviens pas de la dernière
fois que j’ai été dans un supermarché, car je n’ai pas de quoi acheter de la
nourriture.

700 % d’inflation : colère et épuisement

Pour lui, les malheurs économiques et politiques du Zimbabwe sont le fait de “forces occultes”.

“Le Crocodile”, “l’Exécuteur”, “le Garde du corps”, “le Maître espion” – voilà quelques-uns des surnoms du président zimbabwéen. Celui de “Crocodile” fait référence à sa rouerie politique. Après le coup d’État qui a chassé Robert Mugabe, Mnangagwa avait en effet promis de relancer l’économie et de créer “des emplois, des emplois et des emplois” – mais il n’a pas vraiment tenu promesse.

L’atmosphère à Harare oscille entre la colère et l’épuisement. Un mot d’argot résonne dans toutes les bouches – zvakapressa – qui signifie à peu près “se sentir écrasé par une situation difficile”. Le taux de chômage atteint les 90 %, et les réserves de pétrole et de nourriture s’épuisent.

Les gens font la queue pendant des heures pour se procurer de la nourriture, du carburant et autres denrées essentielles. Dans la plupart des villes, les stations-services voient des files d’attente de deux kilomètres se former à leur entrée.

L’inflation dépasse les 700 %, et il est difficile de trouver des devises étrangères.

C’était mieux sous Mugabe

Et tandis que plus de la moitié de la population risque de souffrir de disette, le président Mnangagwa a très sérieusement déclaré une journée nationale de jeûne et de prière pour surmonter la pandémie.

Sandra Manuwero, 34 ans, mère de deux enfants, tient un salon de coiffure bricolé, mais personne n’a les moyens de se faire couper les cheveux en raison de la crise :

C’était mieux avec Mugabe, il ne nous laissait pas souffrir comme ça. La
vie a radicalement changé ; je ne peux même pas acheter de farine de
maïs, le prix a plus que doublé au cours du mois dernier. Je voudrais une
vie meilleure pour mes enfants et moi, mais, à l’heure actuelle, l’avenir est
sombre.

De nombreux Zimbabwéens regrettent l’ancien président Mugabe, pourtant
détesté, et qu’ils surnomment à présent “Sekuru”, “Grand-père”. “Sous Mugabe, on ne manquait jamais de pain. Il n’aurait jamais laissé les gens mourir de faim comme aujourd’hui”, estime Manuwero.

Ces dernières semaines, alors que l’économie s’effondre, les tensions montent dans le pays. Plusieurs membres de l’opposition et critiques du gouvernement ont été arrêtés au cours de manifestations hostiles au pouvoir. Début août, le président Mnangagwa, s’exprimant à la télévision, a qualifié les organisateurs des marches de “terroristes”. Il a juré de “se débarrasser des mauvais éléments”, qui, selon lui, tenteraient de diviser les Zimbabwéens.

ZimbabweanLivesMatter

Samson Gurupira, infirmier de 38 ans dans un hôpital d’État, a participé à une manifestation demandant que le personnel soignant soit payé en dollars américains :

Les soignants sont en train de mourir de faim, je suis économiquement
réduit à zéro. Je ne peux pas vivre avec un salaire de 5 000 dollars
zimbabwéens [actuellement l’équivalent de 11 euros]. Je ne peux pas
payer mon loyer et m’acheter de la nourriture. Je suis un infirmier diplômé,
mais ça ne change rien. J’ai l’impression que le gouvernement nous a
vraiment abandonnés.

Le pays est également confronté à une grave crise sanitaire, alors que certains médecins et infirmiers ont cessé de venir travailler dans plusieurs grands hôpitaux.

Seule lueur d’espoir, une campagne en ligne avec le hashtag #ZimbabweanLivesMatter qui a été lancée après le blocage des manifestations par les forces de sécurité. En lien avec ces événements, au moins 60 personnes ont été arrêtées et 16 ont été blessées.

La campagne a généré plus de 700.000 tweets en seulement deux jours et a attiré l’attention du monde entier, bénéficiant de l’approbation de plusieurs dirigeants régionaux, de célébrités et de grands sportifs. Mais la plupart des gens des rues de Harare n’en savent rien. Rosemary Mudzamiri, 42 ans, vendeuse dans la capitale, n’a pas les moyens de se connecter à Internet :

“La situation est désespérée, et les gens ordinaires sont les premières
victimes. Je sais qu’il y a des manifestations, mais j’ai trop faim et trop
pauvre pour manifester

Ma priorité quotidienne, c’est de trouver de la nourriture ; je ne peux pas
m’offrir le luxe d’acheter des données. Mais j’espère qu’il ressortira quelque
chose de cette campagne parce que tout ce que nous voulons, c’est un
avenir meilleur et la possibilité de subvenir aux besoins de notre famille
.”

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